Les leçons données aux Banques par les Hedge Funds

novembre 16, 2009 0 Par Michel Santi

Faut-il à tout prix sauver les institutions bancaires très importantes, ces fameuses “Too Big To Fail”, par crainte du risque systémique ? La controverse est aussi ancienne que la crise elle-même: Quel devrait être le niveau d’engagement des Etats dans un secteur bancaire fragilisé et dans une conjoncture o๠l’économie réelle est plus ou moins abandonnée à son sort en dépit des milliards insufflés dans les Banques? Et pourquoi nos Banques ne s’inspirerait-elles pas après tout des “Hedge Funds” ou fonds spéculatifs à effet de levier?

Cette question tout à fait détonante a pourtant été posée par Piergiorgio Alessandri et Andrew Haldane dans le cadre d’une recherche récente émanant de la Banque d’Angleterre dont le but était d’éviter à l’avenir des sauvetages bancaires dont l’ampleur pourrait se révéler encore plus spectaculaire si aucun enseignement valable n’était tiré de la crise actuelle.

Leur démonstration est en fait légitimée par les questions très originales soulevées dans cette étude: Il est ainsi de notoriété publique que, l’industrie des Hedge Funds s’étant développée en marge de la régulation Etatique, ces fonds opèrent sur la base de sociétés impliquant directement la responsabilité de leurs promoteurs. Par ailleurs, ces fonds ayant la réputation de faire un usage outrancier de l’effet de levier se révèlent en fin de compte dépassés par les Banques qui ont été jusqu’à la crise de 2007 nettement plus impliquées dans des opérations à levier de ce type! Et l’étude de conclure que notre système financier aurait des leçons à apprendre de ce secteur des fonds à risques qui a été en mesure de s’auto réguler en s’imposant des règles prudentielles indépendamment de toute réglementation Etatique…

En réalité, la crise des subprimes ayant débouché sur les tourmentes financières que l’on connaà®t impose une évidence, à savoir que les Banques ont eu par le passé des comportements nettement plus à risques que les fonds spéculatifs qui n’ont finalement pas représenté de danger particulier à l’occasion de cette crise. La déconfiture d’une quantité impressionnante de ces Hedge Funds entre l’été 2007 et le début de l’année 2009 n’a effectivement pas mis en péril un système financier qui a plutôt payé lourdement le prix de la légèreté de Banques dont il serait nettement plus approprié qu’elles soient à l’avenir constituées comme des sociétés dont les Associés sont susceptibles d’être responsables sur leur fortune personnelle. Il n’est effectivement pas sà»r que les directions de ces établissements adoptent des politiques d’investissement injustifiables si les partenaires devaient en répondre!

La régulation bancaire étant stricte afin d’assurer une protection optimale d’épargnants qui déposent leurs deniers dans ces Banques, une seule faillite bancaire serait – en l’absence de la fameuse garantie de l’Etat – susceptible d’entraà®ner une réaction en chaà®ne alors qu’un fonds de placement – dont les souscripteurs sont conscients de la nature spéculative – peut faire banqueroute sans nécessairement provoquer la déroute du système financier… Ainsi, en dépit d’une multitude de Hedge Funds qui, ayant été contraints à la faillite à l’occasion de cette crise, ont laissé présager d’une période aussi grave pour ce secteur que lors du tristement célèbre épisode LTCM, l’industrie des fonds spéculatifs se redresse – et prospère – aujourd’hui tout en tirant vers le haut un système bancaire inutile parce que déconnecté de l’économie réelle!

Les faits sont indiscutables: Les responsables de la crise sont les Banques qui n’ont pas respecté les règles de prudence et de contrôle des risques les plus basiques, qui ont subrepticement déchargé leur bilan d’instruments pourris qui sont revenus se rappeler à leur mémoire comme un boomerang et qui ont quémandé par la suite la charité des Etats… Si le secteur des fonds spéculatifs a connu au même moment des difficultés indiscutables, il n’endosse toutefois aucune responsabilité dans le déclenchement de la crise actuelle.

Pourquoi ne pas appliquer à notre système bancaire quelques règles en vigueur dans celui des Hedge Funds et notamment celle qui consisterait à opérer une distinction claire et sans ambiguïté entre les Banques qui représentent un risque potentiel et celles qui ne mettent pas en danger l’argent du contribuable?