Challenges – France : Faut-il fermer les Bourses?

octobre 28, 2008 0 Par Michel Santi

Interview par Flore de Bodman:

Faut-il fermer les Bourses ?
Alors qu’une nouvelle journée noire se profile sur les marchés financiers, Challenges.fr a interrogé des spécialistes pour savoir s’il faut fermer les Bourses.

Jean-Pierre Gaillard, responsable de La cote bleue: “Je ne connais pas exactement l’état du marché aujourd’hui, et je ne sais si les échanges sont équilibrés. Mais il est évident qu’il ne faut fermer les Bourses qu’en cas d’absolue nécessité. S’il n’y avait réellement aucun achat, il faudrait arrêter. Mais tant qu’on peut équilibrer les échanges, même avec un décalage important, alors les Bourses doivent rester ouvertes.”

Michel Aglietta, professeur de sciences économiques à l’université de Paris X-Nanterre: “Non, je ne pense pas qu’il faille fermer les Bourses. Il y a bien des coupe-circuits quand elles ont des problèmes techniques. Mais, là , elles expriment ce qu’elles doivent exprimer. C’est un glissement qui a commencé en septembre et qui traduit des fondamentaux, à savoir la propagation de la crise financière à l’économie. Les Bourses craignent que la récession ne se nourrisse d’elle-même. Ce qui est d’un incroyable pessimisme. Nulle trace donc d’irrationalité. Maintenant, il n’y a que les Etats qui puissent arrêter cette dégringolade, en menant des politiques bien plus conséquentes. Reste que quand la tempête est là , il n’y a pas lieu de casser le baromètre.”

Michel Fleuriet, directeur du master “Banque d’investissements et de marchés” à l’université de Paris Dauphine: “Il ne faut surtout pas fermer les Bourses. Notamment parce qu’à leur réouverture, ce serait une catastrophe. Les Bourses sont le seul moyen de permettre à l’offre de rencontrer la demande. L’homme n’étant pas toujours rationnel, il est clair qu’il y a des mouvements de panique. Mais ce n’est pas parce que les gens sont paniqués en période de famine qu’il faut fermer les supermarchés. Ce serait absurde! Devant la panique, encourager la panique, c’est mettre de l’huile sur le feu.”

Thierry Ottaviani, président de SOS Petits porteurs: “Les moments o๠les Bourses ont été fermées [lors de la crise asiatique en 1997 ou après le 11-Septembre, ndlr], quand on les a rouvertes, on a observé une dégringolade encore plus violente des marchés. Donc le problème se reposerait une fois que les Bourses seraient rouvertes. De plus, cela ne règlerait pas le problème de la crise. Car la Bourse est en train de chuter sur fond d’anticipations d’une récession économique.”

Michel Santi, économiste et analyste financier chez Gestion suisse: “La question d’une fermeture des Bourses semble effectivement se poser, mais pas de manière sérieuse. Berlusconi avait semé la panique sur les marchés, début octobre, en insinuant que les Bourses pourraient être fermées. Or, dans un contexte actuel o๠le crédit interbancaire est quasiment gelé, une fermeture même d’un ou deux jours montrerait l’anxiété des autorités. Et ce, alors que la seule chose qui rassure investisseurs, spéculateurs et tout un chacun, c’est que les gouvernements sont là pour intervenir, notamment en injectant des fonds publics. Si on fermait les Bourses, cela traduirait que nos dirigeants ont à leur tour cédé à la panique. Certes, les marchés deviennent complètement irrationnels, mais cela ne justifie pas pour autant de capituler. Sinon, le pire pourrait advenir, avec des marchés parallèles qui se mettraient en place. Et pourquoi pas des marchés de gré à gré? Tout serait alors possible… Avec des transactions qui s’effectueraient sans contrôle et à un prix défavorable aux vendeurs. Le marché doit atteindre son équilibre seul. Des fermetures de Bourse ne peuvent se concevoir dans des marchés développés et sophistiqués comme les nôtres.”

Olivier Pastré, professeur à l’université de Paris VIII- Vincennes Saint-Denis et auteur de “Le vrai roman de la crise financière”: “Avec cette déclaration-là , on se croit revenu au temps d’Enver Hoxha [président de la République albanaise de 1945 à 1985, ndlr], o๠l’économie de marché devait être erradiquée. L’économie de marché a prouvé sa capacité à financer l’économie mondiale. Même si elle n’est pas exempte de dysfonctionnements. Des dysfonctionnements qu’il faut limiter. Surtout, le fait de casser le thermomètre n’a jamais arrêté la maladie. Enfin, je suis tout à fait surpris que ce genre de proposition soit faite par des économistes ou des politiciens de droite.”

Propos recueillis par Flore de Bodman,
(le lundi 27 octobre 2008)