«Qu’avez-vous fait la semaine passée ?»

«Qu’avez-vous fait la semaine passée ?», tel est le formulaire envoyé par les équipes de Musk à tous les serviteurs de l’Etat US.
Le gouvernement américain est désormais géré comme une start-up !
Encore plus de bureaucratie pour soulager la bureaucratie, en somme.
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Mes prises de position macro économiques furent autrefois qualifiées d’hétérodoxes. Elles sont aujourd’hui communément admises et reconnues. Quoiqu’il en soit, elles ont toujours été sincères.
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“Encore plus de bureaucratie pour soulager la bureaucratie, en somme”
Ô combien j’affectionne cette pointe d’ironie au prisme de feu David Graeber: “la bureaucratie d’entreprise et la bureaucratie d’Etat ont fusionné”
Ben oui, néo-libéralisme vs libéralisme contemporain & libertarianisme vs néo-libéralisme, deux concepts révolutionnaires majeurs contre l’intérêt [général et le bien commun] des peuples et “nous” [tous] avons “laisse(z)-faire” ! En 1944, l’économiste Friedrich Hayek venait de publier son brûlot contre l’interventionnisme de État dans son ouvrage clé – “The Road to Serfdom” – alors que le monde économique, lui, lorgnait sur les opportunités offertes Outre-Atlantique, tandis que la Grande Bretagne (Angleterre) se trouvait sous le joug d’une véritable dictature syndicale, l’État s’étant fondu dans un magma administratif dispersé et non efficient (…)
https://michelsanti.fr/cout-de-lenergie/grande-bretagne-pays-pauvre
Donc rien de nouveau sous le soleil des États démissionnaires, des contre-mesures syndicales et des théories de l’information [un vide que les “nouveaux révolutionnaires” se devaient de combler à dessein] car si les travaux qui commencent à suspecter les défaillances de l’Etat émergent à partir des années 1950, entre autres à l’aide du “paradoxe” de Kenneth Arrow, de la théorie du “Public Choice” de James McGill Buchanan, ou encore plus tard avec les travaux d’Elinor Ostrom portant sur “Analysis of economic governance, especially the commons”, on retiendra toutefois que la “nouvelle économie publique” a toujours plaidé en faveur d’un État limité en appréhendant l’État dans une perspective microéconomique [mes posts sous le link ci-dessus] (…)
D’ailleurs, les rapports Plowden (1961) et Furley (1969) seront les deux premiers éléments constitutifs d’une longue réflexion sur les réformes du service public. À l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher en 1979, les officionados du “moins d’État” et du “laisser-faire”, dans la ligne néolibérale du Reaganisme américain – ainsi que les prophètes de l’Ecole de Chicago (i.e Milton Friedman) – trouveront là un prétexte de taille pour réduire l’Etat et ses prérogatives à une peau de chagrin. Le Thatcherisme accouchera ainsi des préceptes du courant néo-libéral en Europe consistant à déréglementer les marchés : marché du travail et du capital dans le but d’éliminer les distorsions attribuées à la présence de l’Etat [hypothétiquement garant de l’Intérêt général et du bien commun]. Ces attaques orchestrées se sont d’abord dirigées contre le pluralisme des “sciences économiques” au sein du monde académique (“alma mater”), puis envers l’Etat démissionnaire – avec le soutien de la théorie des médias – sommé de justifier son “utilité” (c’est-à-dire son efficience selon la doctrine en vigueur) face aux “pouvoirs enchanteurs” des cabinets de conseils [idéologiques] – rémunérés à prix d’or via les deniers de l’État – afin de pondre autant de paperasse qu’il n’en faut au titre d’outils de contrôle. Encore un paradoxe totalement irrationnel…
https://michelsanti.fr/neoliberalisme/economie-le-pouvoir-enchanteur-des-mathematiques
Le quidam a-t-il seulement eu conscience (encore un paradoxe) lors de la première révolution majeure de la pensée économique du 20ème siècle (post WW2) qu’en réalité, “l’approche néolibérale n’a pas réduit l’intervention de l’Etat dans le système économique, mais a précisément permis aux pouvoirs forts dans ce système de contrôler les institutions publiques afin d’utiliser le rôle de l’Etat pour atteindre l’objectif final du néolibéralisme, qui consiste à mettre le plus grand nombre possible de personnes dans une situation de besoin – donc dans une position de faiblesse et de servitude face à ces pouvoirs forts, leur permettant ainsi de faire leurs propres intérêts sans aucun type de contrainte”.
D’ailleurs, feu l’économiste et anthropologue américain, David Graeber, n’était-il pas parvenu lui aussi [avec son ouvrage: “Bureaucratie”] au constat suivant: “Toute initiative gouvernementale conçue pour réduire les pesanteurs administratives et promouvoir les forces du marché aura pour effet ultime d’accroître le nombre total de réglementations, le volume total de paperasse et l’effectif total des agents de l’Etat”.
Si à présent le monde d’en-bas escompte des miracles [économiques] de cette révolution oligarchique du 21ème siècle – à matrice libertarienne – alors bonne chance !
Verbatim : “…Ces attaques orchestrées se sont d’abord dirigées contre le pluralisme des “sciences économiques” au sein du monde académique (“alma mater”), puis envers l’Etat démissionnaire – avec le soutien de la théorie des médias…”
En savoir plus…
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RAYMOND – 12 janvier 2018 à 10 h 55 min
(…) Dans son ouvrage Psychologie des foules (1895), Gustave Le Bon (1841-1931) – un des précurseurs des théories des médias – affirme que les individus, lorsqu’ils sont en groupe, raisonnent de manière plus simpliste et sont facilement influençables. Selon lui, un meneur habile peut aisément mettre une foule dans un état proche de l’hypnose. Le Bon ne traite pas directement des médias, mais ses idées ont influencé les théories sur la communication, la propagande et la publicité. Lorsque les médias de masse en sont encore à leurs débuts, Gabriel Tarde (1843-1904) rend les médias responsables de la manipulation que Le Bon attribue au meneur et affirme que l’«âge des foules» sera remplacé par l’«âge des publics», qu’il définit comme une «foule à distance». Les premières études sur les médias en tant que tels et sur leur influence apparaissent dans les années 1920 et appréhendent généralement le phénomène de la propagande. Dans son ouvrage Public Opinion, paru en 1922, Walter Lippmann (1889-1974) étudie la manipulation par les médias et définit le concept de «fabrique du consentement». Il remarque que notre expérience du «monde réel» n’est que très limitée et que notre vision de la réalité se fonde avant tout sur ce que les médias nous en montrent. Toutefois, le prétendu pouvoir d’endoctrinement des médias n’est pas toujours perçu négativement. Harold Lasswell (1902-1978) défend ainsi que la propagande est utile aux démocraties, car elle permet aux citoyens d’adhérer à ce que les «spécialistes jugent bon pour eux ».
En ce qui concerne à présent la question « des spécialistes », comment ne pas être projeté à nouveau vers Walter Lippmann et à son colloque organisé à Paris du 26 au 30 août 1938 ? Un cercle d’influence auquel participent 26 économistes, entre autres, Hayek, Mises, Rueff, Rüstow, Röpke, et des intellectuels « libéraux ». S’il y fut discuté de la capacité du libéralisme à faire face aux problèmes de l’époque, c’est aussi une des premières fois où les participants s’interrogèrent pour savoir s’il convenait de conserver le mot « libéralisme » ou bien d’adopter celui de néo-libéralisme. Pour l’économiste français François Bilgert, le colloque Walter Lippmann « peut être considéré comme l’acte de naissance officiel du nouveau libéralisme ». Dans la continuité à démolir le modèle keynésien dès le début des années 1930 – et suite au colloque Lippmann – ce n’est qu’à la fin de la seconde guerre mondiale que la société du Mont-Pélerin sera fondée par Hayek et Mises (1947). La première réunion, à laquelle participent trente-six personnalités « libérales » a lieu à l’Hôtel du Parc au Mont-Pèlerin près de Vevey. Ce réservoir d’idées et de promotion du néo-libéralisme fut financé par des banquiers et patrons d’industrie helvétiques (ce même genre de groupes d’influences qui n’a d’ailleurs jamais cessé sa générosité, notamment, auprès des partis politiques suisses).
Lors de cette réunion d’avril 1947, trois importantes publications des Etats-Unis (Fortune , Newsweek et The Reader’s Digest) y ont envoyé des délégués. Le Reader’s Digest venait d’ailleurs de publier une version résumée d’une œuvre clé de Hayek, « La route de la servitude ». On y trouve notamment le rayonnant passage: « C’est la soumission de l’homme aux forces impersonnelles du marché qui, dans le passé, a rendu possible le développement d’une civilisation qui sans cela n’aurait pu se développer ; c’est par la soumission que nous participons quotidiennement à construire quelque chose de plus grand que ce que nous tous pouvons comprendre pleinement ». Dès lors, en appréhendant la logique de Walter Lippman, je ne peux m’empêcher à percevoir dans le pragmatisme helvétique – érigé comme un temple et dont l’une de ses fondations n’est autre que le quatrième pouvoir – la « fabrication d’un consentement » face à la construction que sera l’ordre nouveau, c’est à dire le néo-libéralisme. Harold Lasswell n’a-t-il jamais défendu « que la propagande est utile aux démocraties car elle permet aux citoyens d’adhérer à ce que les spécialistes jugent bon pour eux » ? Les soi-disant spécialistes de la pensée dominante n’ont-ils jamais porté en eux l’incandescence qui affecte de plus en plus nos démocraties, au point d’en avoir corrompu le capitalisme et saccagé l’Intérêt général ? (…)
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Nous voyons bien que la voix de nos “Maîtres” reste un paradoxe – surtout en Occident vissé sur la voie du déclin – sachant qu’aujourd’hui les médias et autres réseaux de communication sont aux mains de magnats de la finance (à l’instar des “barons voleurs” du 19ème siècle). Mais le pire étant que “nous” [autres administrés par l’Etat] l’avons accepté !
Post-scriptum : Bien évidemment, la France des paradoxes n’échappe non plus à la règle.
https://assoeconomiepolitique.org/elements-de-contexte-et-de-cadrage-pour-comprendre-le-dossier/
Là voilà ainsi, en 2015, attachée à un économiste libéral “Nobélisé” (récipiendaire du Prix de la banque de Suède en mémoire à Alfred Nobel) soucieux de pérenniser le courant “mainstream” vs le pluralisme de cette discipline (l’économie) – issue pourtant des “sciences molles”- demandant à l’État d’intervenir pour l’aider à maintenir sa position de monopole dans l’ordre universitaire et une ministre de gauche qui obtempèra. Avec quels résultats pour la France…dix ans “Après” (2025)?