Grande Bretagne, pays pauvre

La Grande Bretagne sera distancée et moins riche que la Pologne à la fin de cette décennie. Pays le plus fortuné d’Europe pendant un siècle, la trajectoire de la Grande Bretagne est sur une pente descendante depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Hormis un bref redressement au cours des années 1980, au début de l’ère Tony Blair où son économie s’est montrée capable de converger avec celle des Etats-Unis, de l’Allemagne et de la France, c’est des décennies de stagnation que subit l’économie britannique.
C’est ce que révèle Foundations, un ouvrage intéressant et documenté de Ben Southwood, Samuel Hughes et Sam Bowman qui révèle que les coûts énergétiques assumés par les industries de ce pays ont triplé en 20 ans, donc bien avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Cet essai démontre que la productivité par heure de travail est de 15 à 18 % plus élevée en France et en Allemagne, et que ce fossé ne cesse de s’aggraver. La production d’électricité y atteint péniblement les deux tiers de ce génère la France, et est (selon les auteurs) bien plus comparable proportionnellement aux productions électriques de nations comme l’Afrique du Sud et le Brésil qu’à ses collègues du G7.
En fait, c’est des régions entières du pays qui basculent dans la pauvreté et dans le délabrement, peuplées de travailleurs dont le salaire médian est de 7% plus bas qu’en 2008 ! La France étant le pays le plus logique à comparer avec la Grande Bretagne, les auteurs sont parvenus à la conclusion qu’elle bénéficie de 37 millions de domiciles, en comparaison des 30 millions à disposition des britanniques qui sont pourtant un petit peu plus nombreux. Les résidences françaises seraient, en outre, plus neuves et nettement mieux concentrées au sein des territoires agréables, prospères, où il fait bon vivre. Les auteurs citent un exemple choquant, celui de l’agglomération londonienne n’ayant connu quasiment aucune croissance depuis 1945, tandis que l’espace géographique autour de Paris a triplé durant la même période.
C’est 3.4 millions de familles françaises qui disposeraient de résidences secondaires contre 800’000 seulement pour les britanniques. La France bénéficie de 29 réseaux de tram contre 7 en Grande Bretagne, et de 6 métros souterrains contre 3. La France, depuis 1980, a construit 1’740 kilomètres de rails de train à grande vitesse contre seulement 111 pour le Royaume-Uni, et 12’000 kilomètres d’autoroutes contre 4’000…C’est simple: selon les auteurs, la France aurait créé ces 25 dernières années autant de kilomètres d’autoroutes que la totalité du réseau britannique !
La splendeur de la Grande Bretagne semble donc s’être estompée. Des villes comme Cardiff avaient en effet joui d’un développement de 1’000% en 45 ans au XIXème siècle, dans un grand mouvement de fond ayant attiré des travailleurs, également vers le Nord, vers les Midlands et vers les Galles, qui ont profité du boom des industries lourdes propulsées par le charbon. C’est ainsi, expliquent les auteurs, qu’un pays devient riche: lorsque sa population déménage vers ses régions et vers ses villes les plus dynamiques. Manchester avait vu un gigantesque bond de sa population de 90’000 en 1800 à 700’000 un siècle plus tard, celle de Liverpool avait surgi de plus de 1’000% sur la même période. Boom qui s’était poursuivi dans les années 1930 sous l’impulsion du secteur des services qui avait largement profité à des villes comme Birmingham, Coventry, Leicester ou Nottingham.
Ceux qui migraient vers ces zones florissantes permettaient aux travailleurs restants de faire jouer vis-à-vis du patronat la compétition et la pénurie de main d’œuvre, améliorant ainsi leurs propres revenus au sein de ces régions délaissées. Pourtant, cette situation s’est inversée ces dernières décennies, car la raréfaction et la cherté des domiciles et des propriétés au sein des régions prospères de Grande Bretagne opèrent une sélection impitoyable qui ne profite plus qu’aux plus riches et qu’aux plus diplômés. Comme il n’y a plus qu’eux qui peuvent se permettre d’habiter les villes prospères du Royaume-Uni, c’est des pans entiers du pays qui se transforment en déserts sociaux et économiques, et c’est évidemment l’économie de l’ensemble du pays qui en pâtit.
Qu’est devenu ce pays prestigieux qui disposait jadis du meilleur réseau de transport d’Europe ? Qui avait construit – au XVIIIème siècle ! – près de 36’000 kilomètres de routes à péage, et 6’500 kilomètres de canaux ? Qui avait édifié au XIXème un réseau ferroviaire impressionnant…dont il ne reste plus que la moitié aujourd’hui ! Qui avait inauguré dès les années 1860 la première ligne de métro souterrain au monde. Qui avait équipé 90 de ses villes en lignes de tram – quasiment toutes été démantelées aujourd’hui. Autant d’atouts ayant largement favorisé et stimulé son essor économique pharamineux, qui avaient accessoirement fait de Londres l’incontestable capitale économique du monde.
Laminés de nos jours par les coûts de conception, de construction, de modernisation et de rénovation britanniques, certainement les plus chers d’Europe. Les auteurs comparent le prix au mile de construction du métro qui a été de 68 millions Livres à Madrid contre 1 milliard et 400 millions pour la Elizabeth Line, ou Crossrail, qui dessert Londres et sa grande banlieue. L’expansion urbaine, l’amélioration de la qualité de vie et la croissance vont forcément de pair avec la mobilité et l’électrification, autorisant par exemple la France à être en mesure d’équiper de tram toutes ses villes de 150’000 habitants car ses coûts sont 2.5 fois inférieurs à ceux de la Grande Bretagne, dont le niveau d’électrification est (selon les auteurs) comparable à celui de l’Inde. A titre de comparaison, la ville de Leeds et ses 800’000 habitants ne disposent pas de métro.
Ce même pays qui disposait en 1965 d’autant de centrales nucléaires que les Etats-Unis, que la Russie additionnés à tous les autres au monde n’en a plus construit aucune en 30 ans, et n’en tire plus que 13% de sa consommation, contre 70% pour la France. De superpuissance énergétique, la Grande Bretagne est devenue un nain, et cela se reflète de nos jours (selon les auteurs) par la taille de ses citoyens qui étaient au début du XIXème de 5 centimètres plus grands que les français car ils mangeaient 600 calories de plus.
C’est 10 ans qui s’écoulent de la conception d’un projet d’infrastructure à sa mise en service au Royaume-Uni. En France, c’est 3. Le projet de tunnel connectant le Kent à l’Essex, Lower Thames Crossing, a nécessité un rapport de 360’000 pages ayant coûté 300 millions de Livres, et il n’est pas encore réalisé. Le projet Sizewell C de construction d’une centrale nucléaire utilisant la technologie EPR a nécessité un rapport environnemental de plus de 44’000 pages, et n’a pas encore vu le jour. Selon Ben Southwood, Samuel Hughes et Sam Bowman, la Grande Bretagne est la nation développée qui manque le plus d’énergie au monde.
Selon moi, ses élites ont failli. Ce n’est évidemment pas le Brexit qui est responsable du déclassement de la Grande Bretagne. Le Brexit fut la conséquence, en quelque sorte la sécrétion, des mauvais – ou des non choix – britanniques de ces 40 ou 50 dernières années.
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Excellent billet, merci ! J’emprunte à mon compte les propos de ta propre conclusion, cher Michel. “Selon moi, ses élites ont failli. Ce n’est évidemment pas…etc”.
De mon point de vue, si la Grande-Bretagne a pu s’enorgueillir un temps – avec son histoire – de compter à son actif économique le puissant statut d’Empire colonial, en aparté, cette ancienne puissance économique se bâtit également une autre sulfureuse réputation avec un héritage datant du moyen-âge, avec Guillaume le Conquérant. L’histoire nous enseigne en effet que les chevaliers devant aller se battre en Terre Sainte (“pillages économiques”) étaient contraints de laisser leur fief à leurs enfants ou, si ceux-ci étaient mineurs, à des gardiens. Mais alors, comment être sûr que les héritiers ne se feraient pas spolier par les gardiens du fief ? C’est ainsi qu’apparaît un procédé juridique, ancêtre du trust, appelé use. Le chevalier dispose d’un droit sur le fief, appellé le “feofor”. Il confie son fief à un ou plusieurs amis, dits feofees, avec pour consigne de l’entretenir et de le transmettre à l’héritier majeur, appelé le “cestui que use”. L’habitude se prend alors d’employer ce procédé afin d’effectuer des donations et ce faisant contourner l’imposition (déjà!). Déjà, le manque à gagner était alors important pour le trésor royal, ce qui fit que Henri VIII finit par interdire les “uses” en 1535. Mais les juristes anglais échafaudèrent alors un mécanisme similaire dénommé “Trust”.
Dans ce système, un “settlor” cède ses droits à des “trustees” au bénéfice d’un “beneficiary”. Au XVIIe siècle les “Rules of Perpetuity” exigent que les beneficiaries soient des personnes vivantes ou susceptibles de naître rapidement et fixent la durée d’un “trust” à deux générations maximum. Cette limite sera supprimée en 1601 par la reine Élisabeth Ière pour les trusts charitables, comme par exemple le “National Trust”, équivalent britannique des “Monuments nationaux”. Toutefois, plus récemment, le glissement sémantique du “trust”, de mécanisme juridique à celui de montage économique et financier est dû à l’américain John D. Rockfeller. L’idée du fondateur de la “Standard Oil Company” fut de s’adresser directement aux petits actionnaires des sociétés concurrentes, en leur proposant de lui céder leur droit de vote. En tant que bénéficiaires, ils continuaient de toucher les dividendes ; et en tant que “trustee”, c’est Rockfeller qui en assurait la gestion. Dès lors, le trust est devenu synonyme de regroupement de sociétés. Dans le but de lutter contre les pratiques nuisant à la libre concurrence, le Congrès américain votera en 1890 le “Sherman Anti-Trust Act”, interdisant notamment les monopoles. Une importante campagne de presse sera montée par des exploitants ruinés pour attirer l’attention des pouvoirs publics sur la situation de la “Standard Oil”, enregistrant alors un chiffre d’affaire annuel de plus de 1 000 milliards de dollars au cours actuel. Le Département d’État engagera en 1911 des poursuites contre la société de Rockfeller. Sans annihiler la mécanique infernale des trusts sur les fonds publics, ou autres mécanismes visant à spolier les deniers publics (donc les prérogatives de l’État). C’est-à-dire en pillant l’Intérêt général et le bien commun.
Ceci étant précisé en préambule, effectivement la Grande Bretagne perdra son titre de première puissance économique durant WW1 (1914/1918) au rythme du ralentissement de sa croissance comme souvent avec les pays (“early starters”) se reposant sur leurs acquis, peu susceptibles à innover et se réinventer – si ce n’est parier durant un certain temps sur la “destruction-créatrice Shumpétérienne” à l’aune du machinisme, mais avec des débouchés limités. Toutefois à nuancer pour l’Angleterre puisque sa puissance deviendra plus financière dans le temps et l’espace, alors que l’essentiel des investissements à l’étranger transitait par la City comme bourse principale des matières première. Mais post WW2, alors que l’économiste Friedrich Hayek venait de publier son brûlot contre l’interventionnisme de État dans son ouvrage clé de 1944 – “The Road to Serfdom” – le monde économique, lui, lorgnait sur les opportunités offertes Outre-Atlantique, alors que la Grande Bretagne (Angleterre) se trouvait sous le joug d’une véritable dictature syndicale, l’État s’étant fondu dans un magma administratif dispersé et non efficient. D’ailleurs, les rapports Plowden (1961) et Furley (1969) seront les deux premiers éléments constitutifs d’une longue réflexion sur les réformes du service public. À l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher en 1979, les officionados du “moins d’État” et du “laisser-faire”, dans la ligne néolibérale du Reaganisme américain – ainsi que les prophètes de l’Ecole de Chicago (i.e Milton Friedman) – trouveront là un prétexte de taille pour réduire l’État et ses prérogatives à une peau de chagrin !!! Le Thatcherisme accouchera ainsi des préceptes du courant néo-libéral en Europe, consistant à déréglementer les marchés : marché du travail; marché du capital dans le but d’éliminer les distorsions attribuées à la présence de l’État. En 1980, le gouvernement mettra fin à la politique de revenus (soutien de l’activité par les salaires selon la logique de la demande, remplacé par des politiques de l’offre en soutien à la productivité) puis mis un terme au contrôle des prix et du crédit (large soutien au capital par cette fausse-vérité en l’efficience des marchés financiers). Tandis que le système comptable (coût-efficacité) de l’État sera tributaire du “Financial Management Initiative” du FMI. Le but de ce programme étant de “responsabiliser les administrations et leurs personnels” et surtout de leur fournir des objectifs en termes d’efficacité financière (le leitmotiv du courant néo-libéral : appliquer à l’État un facteur de rentabilité à l’instar du secteur privé/respectivement de la finance). En parallèle, le gouvernement conduira également une politique budgétaire restrictive et, ce, jusqu’en 1987, conjointement à une réforme fiscale de grande envergure pour inciter les agents économiques à l’ininitiative (via des concessions fiscales accordées sur le grand capital et des baisses d’impôts considérables pour les ménages à hauts et très hauts revenus, tout comme des allègements sur la fiscalité des profits d’entreprises). L’ensemble saupoudré de cette “idée-zombie” qu’est la “Trickle-Down” pour faire avaler la pilule; cette fausse-vérité de la “théorie du ruissellement” qui n’est somme toute qu’une autre vue de l’esprit néo-libéral, car jamais, ni dans aucun pays au monde, une réduction de la charge fiscale des contribuables les plus aisés (qu’il s’agisse de personnes physiques ou de personnes morales) n’a donné lieu à une augmentation des dépenses de consommation et d’investissement. A contrario, cela a induit une aggravation des déficits budgétaires et un détricotement des moyens régaliens essentiels et de couvertures sociales dans le temps et l’espace.
Comprenons bien que ces phénomènes délétères, relevant plus de la malhonnêteté intellectuelle qu’autre chose, furent exacerbés précisément par les progrès réalisés dans l’ingénierie financière, lesquels “progrès” ne furent suffisamment cadrés par le législateur, faute d’une volonté politique fondée sur des fausses croyances de marché: l’autorégulation et l’efficience des marchés financiers. En fait, une véritable captation des richesses du bas vers le haut et non l’inverse. Car si le développement du capitalisme dans sa phase industrielle (Fordien) reposait sur l’expansion de la production – le capital devait être alloué en partie à des investissements productifs, c-à-d qui permettent d’augmenter la capacité de production, par exemple avec l’achat de machines plus performantes, plus d’innovation et de recherche, ou la construction de nouvelles usines (…) Avec le processus de financiarisation (capitalisme Actionnarial) de nos économies modernes suite aux bouleversements induits par les décisions politico-économiques menées dans les années 1970/1980 en Occident (changement des paradigmes: notamment monétaire, financier, sociétal, et d’uniformisation de la discipline des “sciences économiques”) – le capital n’a plus à passer spécifiquement par le détour de la production pour fructifier (alors que sous le capitalisme Fordien, le capital correspondait à la somme du travail accumulé) ; aujourd’hui” la simple vélocité de circulation du capital (via l’ingénierie financière et le truchement des bourses) engendre une création de capital neuf. L’investissement à court terme étant devenu une norme. Et comme c’est la spéculation financière qui fait augmenter la valeur d’un actif financier, posséder un actif financier c’est aussi posséder le droit sur un revenu futur (tout à l’instar d’une dette, comme une obligation souveraine, c’est-à-dire une “reconnaissance de dette”). C’est donc la fluctuation de la valeur de cet actif (ou de cette dette) que génère la spéculation. Or, pour continuer de croître, la finance doit créer davantage de monnaie (en octroyant des prêts) et transformer de nouveaux flux d’argent en actifs financiers (par exemple en titrisant des dettes en titres revendables sur les marchés). Ce à quoi le rôle des banques centrales portent elles aussi une grosse part de responsabilité dans la manipulation de la masse monétaire !!! Ce faisant, étudier, travailler, produire, consommer, épargner, prendre sa retraite, diriger une entreprise, etc. sont autant de réalités financiarisées, mais dont l’économie réelle portent à présent les stigmates (surtout lors de politiques fiscales indécemment favorables au grand Capital durant des décennies, puisque l’argent a pour corollaire la dette). Car loin d’être deux sphères déconnectées, les flux d’argent associés à l'”économie réelle” (la production, le rapport salarial, la consommation et l’épargne) tendent à être captés par la finance et son affidé, notamment le pouvoir actionnarial.
Dans cette logique de compétitivité totalement financiarisée et absurde, le cas Britannique n’est pas épargné évidemment, ni unique, et pour cause puisque d’autres suivront avec des systèmes de santé qui s’effondrent déjà, des inégalités considérables de revenu durant ces deux dernières décennies, des systèmes de retraite qui péréclitent aussi. Enfin, une violence intra-muros qu’il sera difficile à contenir faute de moyen suffisant (les caisses sont vides et la charge d’intérêts sur les emprunts souverains à présent trop importante sur les finances publiques, sans devoir indubitablement s’exposer aux attaques des marchés financiers).
Matière à penser dans la ligne de mon post précédent:
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Extrait:
RAYMOND
22 janvier 2018 à 15 h 35 min
(…) “Mais quand est-ce qu’on comprendra enfin – avec un peu d’histoire économique – que le “Big Bang” britannique demeura l’une des mesures emblématiques du programme de réformes du gouvernement Thatcher? Que cette libéralisation financière facilita l’arrivée rapide de banques américaines et ouest-européennes à Londres et transformera le développement du marché financier à cause de la baisse des coûts (et par effet de manche, facilitera des recettes fiscales aussi aléatoires qu’amorales (contreproductives) via cette une nouvelle race de prédateurs spéculant contre l’économie réelle au lieu d’être à son service). Or, si la place financière de Londres pourra assouvir ses fantasmes grâce à la “Sorcière du 10 Downing Street”, n’oublions jamais qu’une grande partie de la population britannique honnira la Dame de fer jusqu’à son décès pour sa politique intransigeante (visant à “déshabiller Jean pour habiller Pierre”). Donc, aucun miracle dans la baisse des impôts (du capital et des tenants du grand capital) bien au contraire” (…)
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Extrait:
RAYMOND
1 octobre 2018 à 10 h 10 min
(…) “si les travaux qui commencent à suspecter les défaillances de l’État émergent à partir des années 1950, entre autres à l’aide du « paradoxe » de Kenneth Arrow, de la théorie du « Public Choice » de James McGill Buchanan, ou encore plus tard avec les travaux d’Elinor Ostrom portant sur « Analysis of economic governance, especially the commons », on retiendra que la nouvelle économie publique a toujours plaidé en faveur d’un État limité grâce au soutien des économistes « mainstream » qui appréhendent l’État dans une perspective microéconomique. Or, si l’on raisonne à une échelle macroéconomique, que ce soit pour justifier l’action de l’État (perspective keynésienne) ou la déprécier (école des anticipations rationnelles), les arguments différents et pourtant, en forçant quelque peu le trait, les phases connues par la pensée macroéconomique sont plus ou moins similaires à celles connues par la pensée microéconomique de l’État : âge d’or de l’intervention de l’État avec la révolution keynésienne et la synthèse néoclassique, suivi d’une méfiance envers les effets de son action avec l’école des anticipations rationnelles au travers des années 1970-80. La pensée macroéconomique moderne a néanmoins élaboré de nouveaux arguments en faveur de l’intervention de l’État (école des nouveaux keynésiens, modèles de croissance endogène…), arguments renforcés par certaines études empiriques comme celle par exemple d’Olivier Blanchard et Daniel Leigh du FMI : « Growth forecast errors and fiscal multipliers », IMF Working Papers, 2013. Enfin, si l’on retient ce propos de James McGill Buchanan : « Good games depends more on good rules than they depend on good players » (en d’autres termes, « si vous voulez améliorer la qualité de l’action publique, améliorez les règles du jeu et non pas les joueurs ») et que l’on y intègre la volonté d’un « État fort » comme postulé (à dessein) par Jean Tirole à l’occasion de l’attribution de son prix Nobel d’économie en 2014, alors on est en droit de se poser la question suivante: – Faut-il attendre d’un « État fort » qu’il soutienne le « néolibéralisme globalisé » au détriment de la notion d’« Intérêt général » ? Et à la lumière de la tirade de James McGill Buchanan, il est néanmoins surprenant de constater à quel point « la démocratie libérale » s’est imposée dans la vie politique en « triant ce qui est ou non acceptable pour les institutions internationales de la finance et du commerce » et « désavoue les souverainetés populaires et nationales (…)”
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Extrait:
RAYMOND
17 mars 2020 à 12 h 39 min
(…) “en 1944, Friedrich Hayek reçut une lettre d’un client de l’hôtel Claridge d’Atlantic City, dans le New Jersey. Il félicitait l’économiste, né en Autriche, pour son « grand » livre, ‘The Road to Serfdom‘ (La route de la servitude) dans lequel Hayek défendait l’idée que la planification économique constituait une menace pour la liberté. « Moralement et philosophiquement, je me retrouve profondément en accord avec vous », disait la lettre. Le correspondant de Friedrich Hayek était John Maynard Keynes, en route pour la conférence de Bretton Woods, dans le New Hampshire, où il allait participer à l’élaboration du nouvel ordre économique de l’après-guerre. La chaleur des louanges surprendra ceux qui considèrent Friedrich Hayek comme le parrain intellectuel du thatcherisme, et Keynes comme le saint patron d’un capitalisme très dirigiste. Mais Keynes n’était pas un homme de gauche. « La guerre des classes me trouvera du côté de la bourgeoisie éclairée » avait-il écrit dans son essai de 1925, « Suis-je un libéral ? » Plus tard, il décrivit les syndicalistes comme des « tyrans, dont les prétentions égoïstes et partisanes doivent être combattues avec bravoure ». Il accusa les dirigeants du parti travailliste britannique d’agir comme des « embrigadés d’un credo dépassé », des « demi-semi-marxistes fabianistes marmonnants et rongés de mousse »” (…)
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