Qui a peur de la Chine ?

mars 11, 2010 0 Par Michel Santi

Les réserves en devises étrangères de la banque centrale chinoise, estimées à 2’400 milliards de dollars, ne sont dues qu’à ses interventions massives et continues sur le marché des Changes consistant à échanger sa monnaie contre du billet vert afin de la maintenir constamment à des niveaux artificiellement bas. Ce faisant, la Chine détient deux records: celui de détenir les plus importantes réserves en monnaies étrangères au monde et celui d’être responsable de la plus importante manipulation jamais perpétrée sur le marché des Changes considéré comme le plus vaste au monde.

Ces achats frénétiques de dollars font également de la Chine le deuxième plus important détenteur de Bons du Trésor US ( 755 milliards de dollars à fin 2009 contre 769 milliards pour la Japon ) même si ces statistiques officielles doivent vraisemblablement être revues en hausse car la Chine se fournit également de manière officieuse en papiers valeurs Américains par le biais de sociétés offshores écrans ou en sous traitant une partie de ses achats à travers des Etats étrangers… Comment expliquer sinon que la Brande Bretagne, ayant eu à subir l’an dernier un déficit notable de sa balance des paiements, ait néanmoins réussi à thésauriser 300 milliards de dollars en Bons Américains, en nette progression par rapport à un montant de 130 milliards l’année précédente?

Tous les moyens étant bons pour la Chine dès lors qu’il s’agit de recycler ses acquisitions pharamineuses de billet vert dans le cadre de ses manipulations monétaires, il se pourrait bien qu’elle détienne un montant global de l’ordre de 1’000 milliards de dollars en Bons du Trésor US représentant ainsi près de la moitié des 2’374 milliards sur le marché à fin 2009 et près de 15% de l’ensemble de la dette Américaine en circulation estimée à 727’000 milliards de dollars en fin d’année dernière! Le marché de la dette Européenne ou Japonaise n’offrant – de loin – pas les mêmes possibilités ou liquidités que celui des Etats-Unis, la Chine n’est pas prêt de trouver des investissements alternatifs même s’il est vrai qu’elle a réduit ses achats ces derniers mois.

Pour autant, ces immenses réserves chinoises confèrent-elles vraiment à ce pays vis-à -vis des Etats-Unis le formidable levier économique et financier souvent décrié? Les autorités US ont-elles tout intérêt à mesurer leurs dénonciations de cette interventionnisme chinois actif sur le marché des Changes dont l’interruption déprécierait certes le dollar de l’ordre de 20 à 40% vis-à -vis du Yuan et de toutes les autres devises régionales corrélées de fait à la monnaie US? Par ailleurs, une dévaluation du dollar de cette ampleur aurait certainement un impact dévastateur vis-à -vis d’autres monnaies, comme l’Euro ou le Yen…

Et si, contrairement à nombre d’idées reçues, il était tout compte fait dans l’intérêt même des Etats-Unis que la Chine stoppe ces interventions? Une dépréciation du dollar de l’ordre de 20% aurait ainsi pour effet immédiat le rétablissement de la compétitivité des exportations Américaines avec à la clé une accélération de la croissance et une décrue du chômage sans exacerber pour autant les menaces inflationnistes ni contraindre la Réserve Fédérale à remonter ses taux d’intérêts du fait de l’environnement actuel totalement dénué de pressions sur les prix. L’activisme actuel de la Fed sur ses taux à court et à long terme lui permettrait ainsi de limiter – ou d’encadrer de manière stricte – tous mouvements intempestifs en matière de politique monétaire et d’exclure le scénario catastrophique d’une hausse brutale de taux aux effets dévastateurs sur la reprise.

La Chine, quant à elle, pourrait très difficilement interrompre ses achats de Bons Américains tout en poursuivant sa politique consistant à déprécier sa propre monnaie car ses réserves en devises étrangères ainsi accumulées ne trouveraient alors plus de débouchés fiables … à moins qu’elle ne se reporte sur les Bourses Américaines, éventualité qui doperait alors de manière spectaculaire l’ensemble de l’économie US.

En réalité, la configuration actuellement en vigueur de taux bas et de pressions inflationnistes quasi nulles aux Etats-Unis serait idéale pour une ré évaluation de la monnaie chinoise.