Annus Horribilis

janvier 2, 2009 0 Par Michel Santi

Les superlatifs manquent pour évoquer l’année 2008. Afin d’en prendre la mesure, souvenons-nous simplement que la mise en liquidation de Lehman Brothers, que la plus importante faillite bancaire de l’Histoire (Washington Mutual) et que la prise de contrôle avant banqueroute de Merril Lynch par Bank of America ont été des évènements majeurs qui ne se sont pas succédés en une décennie mais qui se sont précipités en …un week-end!

2009 sera sans aucun doute une année de dépression, les deux seules inconnues étant : Quelle en sera l’ampleur et combien durera-t-elle ? Une fois de plus, l’Histoire économique peut nous éclairer et principalement celle de l’économie Américaine, toujours la plus première au monde et du reste l’épicentre de la crise actuelle. La durée moyenne de vie des ralentissements économiques ayant affecté les Etats-Unis entre 1945 et 2001 a été de 10 mois. Une économie en crise ayant un impact négatif sur les profits des banques du fait de créances non remboursées, ces établissements doivent donc impérieusement faire appel à des augmentations de capitaux afin d’éponger leurs pertes. L’année 2008 est singulière en cela que le secteur bancaire aura explosé en vol avant le ralentissement économique!

L’état des lieux de l’année 2008 permet également de prédire pour 2009 et les années à venir une longue récession et paradoxalement du fait même de l’ampleur des relances Keynésiennes de nos Gouvernements. En effet, la stimulation économique selon les théories de Keynes ne pouvant fonctionner que si les Etats dépensent plus d’argent que leurs recettes fiscales, il semblerait bien que ces plans de relance annoncés avec force effet de manche soient voués à l’échec car les comptes d’une écrasante majorité de ces Etats accusaient déjà des déficits – parfois gigantesques – avant la récession! La récession en 2009 sera donc forcément plus intense que celle du début des années 90. Le Gouvernement Thatcher avait ainsi réussi à rembourser la quasi-totalité de la dette Britannique avant la crise de 1990-1992 alors que le Gouvernement Brown d’aujourd’hui ne dispose plus d’aucune munition alors que la bataille n’est même pas sérieusement lancée…

La dépression sera sans appel et spectaculaire. Elargissons le spectre de l’étude, la période 1945-2001 étant quelque peu faussée par le fait qu’elle a été immédiatement précédée et provoquée par une crise bancaire aigue. La durée moyenne de vie des ralentissements économiques ayant affecté les Etats-Unis entre 1854 et 2001 a été de 17 mois, la Grande Dépression ayant duré 43 mois et la “mère” des crises s’étant maintenue 65 mois de 1873 à 1879…Préparons-nous à une guerre d’usure.

Le prochain round concernera directement la solvabilité des Etats et le niveau de leurs monnaies respectives. En effet, ces lourds déficits publics sont aggravés dangereusement par les injections de liquidités massives en direction du système bancaire, certains Etats – comme l’Irlande – allant même jusqu’à garantir les passifs de ses établissements financiers. Les pays qui risquent le plus sont à l’évidence ceux-là même qui ont garanti des passifs bancaires démesurés en rapport avec la taille de leur économie : Doit-on encore rappeler le cauchemar de l’Islande dont les dettes des banques étaient nettement plus importantes que les encours nationaux? L’Islande : cas extrême et isolé? Pas si sà»r si l’on se souvient que l’Irlande doit pratiquement toute sa croissance économique à l’essor de son secteur financier.

La Devise Irlandaise – l’Euro – n’est certes pas menacée de dévaluation car un pays bénéficiant de comptes sains et plus ou moins équilibrés comme l’Allemagne compense très largement la faiblesse Irlandaise. Néanmoins, l’Euro ne sauvera pas l’Irlande d’une cessation de paiement et le marché ne s’y est pas trompé qui anticipe déjà un défaut de l’Etat Irlandais…La Grande Bretagne se retrouve également en très mauvaise posture : Hormis qu’elle n’est pas protégée par l’Euro, il devient de plus en plus difficile de nos jours de s’assurer contre un défaut de paiement de la Trésorerie de Sa Majesté. La Livre Sterling peut du reste en témoigner…

2009 sera également inédit en cela que nul ne peut encore aujourd’hui répondre définitivement à cette question : la crise sera-t-elle couronnée par la déflation ou par l’inflation? Il va de soi que les premiers effets de la crise du crédit conjuguée à la baisse de la valorisation des actifs sont et seront déflationnistes. Pourtant, les conséquences pernicieuses des injections massives de liquidités tous azimut ( secteur bancaire, automobile…) ayant pour préalable un fonctionnement ininterrompu de la planche à billets pourraient s’avérer, dans un deuxième temps, inflationnistes.

Il me semble toutefois que l’hypothèse de la déflation est nettement plus crédible pour deux raisons : La première est que, contrairement aux discours enflammés de nos Gouvernants, nos Etats n’ont plus vraiment les moyens de mener une politique de stimulus efficace, la seconde étant que l’inflation se révèle assez facile à combattre en relevant les taux d’intérêts alors que ces mêmes taux ne peuvent passer en-dessous de 0 dès lors qu’il s’agit de lutter contre la déflation. L’exemple du Japon ayant vainement lutté contre une longue récession et contre une déflation corrosive après l’implosion de sa bulle boursière à la fin des années 80 est à ce point de vue significatif et terrifiant : le fait est que nos Etats et Banques Centrales sont impuissants face à la déflation…

Du reste, les artifices et autres manipulations de politique monétaire ayant à présent atteint leurs limites, la future administration Obama s’apprête à lancer d’immenses projets de construction de ponts, de routes et de bâtiments dans ce qui pourrait être qualifié de tentative de sauver le capitalisme pour les capitalistes.

Nous subirons assurément l’un de ces deux maux : la déflation ou l’inflation, à moins que nous ne subissions les deux successivement.

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