Pire que les années 30 !

février 4, 2014 0 Par Michel Santi

Rendons-nous à l’évidence. A un stade où les économies de nos nations occidentales subissent un endettement record, à des niveaux plus vus depuis deux siècles (selon une étude récente du F.M.I.), nos responsables politiques doivent enfin comprendre qu’il sera impossible de redresser la situation par la grâce de la seule austérité qu’ils imposent à la classe moyenne et aux pauvres. Autrement dit, dans un contexte – comme le nôtre aujourd’hui – où la masse des dettes et des déficits est extrême selon tous les standards historiques, l’assainissement nécessitera des mesures et des décisions radicales. En effet, estimons-nous chanceux si c’est la seule inflation qui sera convoquée pour amoindrir le fardeau de ces dettes. Plus vraisemblablement, nous devrons faire face à une vague de faillites souveraines et à l’instauration d’une taxe sur l’épargne, d’ores et déjà évoquée par le F.M.I. l’an dernier et par la Bundesbank (la banque centrale allemande) il y a quelques jours… Voilà pourquoi si, du fait de la Grande Dépression, de l’effondrement subséquent de l’économie mondiale et du déclenchement de la Seconde guerre mondiale, les années 1930 font toujours froid dans le dos près d’un siècle plus tard. Sur le plan strictement économique et financier, la situation européenne actuelle est, à bien des égards, encore plus dramatique ! Après tout, la quasi-totalité des nations occidentales purent faire défaut plus ou moins en douceur au courant des années 30. C’est ainsi que la France, que la Grande Bretagne et que l’Italie devaient ne pas honorer près du quart de leurs engagements envers les Etats-Unis. Les USA eux-mêmes imposèrent à leurs créditeurs de prendre 16% de pertes quand ils décidèrent unilatéralement de quitter l’étalon or en 1933.

L’ampleur des dégâts, aujourd’hui, imposera des mesures d’une tout autre envergure qui se déclineront en contrôle des capitaux et en une confiscation partielle de l’épargne, passages obligés qui autoriseront l’amélioration des ratios des dettes publiques par rapport au P.I.B.. Une répression financière relativement brutale – touchant les détenteurs ultimes des richesses – est en effet aujourd’hui la seule alternative à une austérité qui paralyse littéralement l’activité économique. A cet égard, seules les interventions de la Banque centrale européenne seraient – à ce stade – encore susceptibles d’amoindrir le traumatisme que constituerait une telle confiscation des richesses.

Seule la monétisation des dettes souveraines européennes – c’est-à-dire le rachat de ces dettes par la BCE, et donc la mutualisation des dettes publiques européennes – permettrait effectivement d’éviter le choc des défauts de paiement de certains Etats de l’Union. En l’occurrence, il n’est pas déplacé d’employer ici les termes de « traumatisme » et de « choc » dès lors que le défaut de la Grèce, de l’Irlande, de l’Italie et de l’Espagne sur le quart seulement de leurs engagements coûterait à leurs créanciers la bagatelle de 1’200 milliards d’euros ! Voilà pourquoi une répression financière traditionnelle « douce » combinant une intensification de la régulation financière, une certaine dose de contrôle des flux de capitaux et un relèvement des objectifs inflationnistes serait nettement moins douloureuse qu’une taxe de 10% sur les dépôts bancaires préconisée l’an dernier par le F.M.I.

En somme, dans une conjoncture où il est désormais impossible de poursuivre sur la voie stérile de l’austérité, la BCE et les autorités politiques européennes doivent aujourd’hui mettre en place une batterie de mesure qui contribueront à éliminer progressivement une partie du fardeau de nos dettes publiques, sans passer par la case confiscation des richesses. Pour ce faire, nous avons toutefois besoin d’hommes et de femmes dont le courage politique est à la mesure des défis à relever. Car l’acuité de la crise actuelle, l’ampleur des déficits, et le choix même des armes pour les combattre font que notre période actuelle soit encore plus complexe à gérer que dans les années 1930.

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