Faut-il euthanasier l’Europe?

Faut-il euthanasier l’Europe?

janvier 12, 2015 0 Par Michel Santi

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L’Europe n’a jamais eu les outils pour lutter contre les chocs asymétriques, en d’autres termes les accidents de parcours et les crises affectant séparément ses membres. Pire encore: sous sa forme actuelle, l’Europe génère et aggrave ces mêmes chocs.

En temps “normal”, les autorités monétaires d’une nation souveraine disposent des armes permettant de lutter, et même de prévenir les crises. Elles peuvent en effet, à loisir, augmenter leurs taux d’intérêt et laisser leur monnaie s’apprécier afin de contenir une économie en état de surchauffe, et vice-versa. Dans une union monétaire, ces instruments et soupapes de sécurité ne sont toutefois plus à la disposition des nations membres. A tout le moins dans l’Union européenne car les Etats-Unis d’Amérique, pour leur part, bénéficient de tous les attributs relatifs à une union monétaire, le premier d’entre eux étant la solidarité.

Le gouvernement fédéral US prélève ainsi automatiquement davantage d’impôts depuis les Etats prospères afin de les réinjecter au sein de ceux qui subissent un ralentissement économique. Tandis que les contribuables européens sinistrés et situés dans les pays en crise, voire en dépression, ont subi le phénomène diamétralement opposé puisque c’est eux qui ont subi – et payé – les pertes essuyées par le système bancaire européen. C’est comme si la seule utilité de l’infime budget européen – équivalent à 1% du P.I.B. de l’Union! – était de payer les fonctionnaires et technocrates bruxellois…

Dans un tel contexte qui entretient et qui attise injustice et déséquilibres, ce ne sont évidemment pas l’Allemagne ni les Pays-Bas – du haut de leur balance des paiements excédentaire de respectivement 7.5 et 10% – qui seraient tentés de manifester un quelconque soutien à aux autres nations censées appartenir à leur propre union monétaire. Ces deux pays feignent également d’ignorer que leurs excédents ont été démultipliés précisément à la faveur du lancement de l’euro. En toute logique, les nations déficitaires sont donc priées de détruire leur économie et d’assommer leurs citoyens avec leurs “dévaluations intérieures”. Même si nul ne sait par quel tour de passe-passe ces nations affublées du qualificatif dédaigneux de “périphériques” sont censées récupérer un peu de leur compétitivité perdue. Compétitivié qui leur a en réalité été confisquée – et même volée – par le Nord à la faveur des réformes Harz!

Car les faits sont limpides: l’austérité et les privations imposées à certains membres d’une union monétaire sont totalement improductifs en présence d’une politique déflationniste pratiquée par les autres membres de cette même union affichant des comptes publics excédentaires. En attendant, tel est le prix à payer pour le “sado-monétarisme” de certaines nations en flagrant délit de concurrence déloyale, qui exigent néanmoins des sacrifices tout aussi inhumains qu’inutiles. Dès lors, comment s’étonner de la montée en puissance de certains partis (comme Syriza) qui plaident pour une restructuration de dettes bien trop lourdes à assumer, et dont tout le monde sait bien qu’elles seront impossibles à rembourser dans leur intégralité?

Oui, la liquéfaction européenne a effectivement été évitée et l’euro est toujours là, mais au prix du sacrifice de toute une génération. Les dirigeants européens optèrent pour un coût social démesuré à exiger des citoyens européens car ils ignoraient le coût réel – c’est-à-dire financier et bassement pécuniaire – d’une scission de l’Union. L’Europe en est donc réduite aujourd’hui à choisir entre une longue et odieuse agonie ou une implosion spectaculaire.

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