Interventions du G 7: une chance pour le Japon…

March 22, 2011 0 By Michel Santi

L’intervention du G 7 visant à freiner, voire à inverser, le raffermissement de la monnaie japonaise semble pour le moment couronnée de succès. Le dollar a ainsi fortement rebondi contre le Yen depuis son record de baisse atteint à 76.25 en fin de semaine dernière et ce suite à ce qui fut la cinquième intervention concertée du G 7 depuis l’existence même de cette organisation! De fait, le G 7 n’a échoué à atteindre ses objectifs qu’en une seule occasion, à savoir en 1987, lorsque le différentiel des taux d’intérêts favorables au dollar n’avait pas réussi à soutenir la monnaie américaine… 

En réalité, les montants déversés vendredi dernier sur les marchés par les Banques Centrales du G 7 – hors Japon – restèrent symboliques puisque tout au plus 2’000 milliards de yens furent vendus quand la Banque du Japon, elle, devait intervenir en faisant usage d’une artillerie lourde à hauteur de 32’000 milliards de yens! Il est vrai que, contrairement à la Banque du Japon qui peut vendre des quantités virtuellement illimitées de monnaie qu’elle est seule à imprimer, les autres pays ne peuvent agir qu’avec les réserves dont ils disposent dans leurs Banques Centrales respectives. En fait, ces opérations visant à affaiblir le yen s’accompagnent d’une augmentation assez gigantesque  des liquidités libellées en devise japonaise destinées à être déversées sur les marchés et dont le but ultime est bien-sûr de peser sur cette monnaie…

Mais pas seulement car, en réalité, cette création intensive de monnaie pourvoit également force liquidités à des pans entiers d’une économie plus ou moins sinistrée par les toutes récentes catastrophes. C’est ainsi que la balance des paiements nippone a gonflé de 15’000 milliards de yens la semaine passée et ce alors que certains responsables nippons envisagent d’acquérir pour le compte de leur Etat des actifs étrangers avec ces yens dans le double but d’affaiblir la monnaie japonaise (et donc de soutenir les exportations) tout en réalisant au passage des placements profitables.

Triple objectif même à la vérité car cette activation de la planche à billets japonaise pourrait représenter une aubaine sans précédent de sortir enfin de cette déflation endémique qui essaime comme la lèpre depuis deux décennies sur l’économie du pays! C’est ainsi que ces nouvelles créations de liquidités combinées à une devise qui s’affaiblit et à un endettement élevé (comparativement au P.I.B. national) induiraient quasi mécaniquement une inflation importée … autant de facteurs susceptibles de résorber durablement la déflation et ce dans un contexte de totale impunité – voire de compréhension – de la part des autres membres du G 7 qui ne pourraient pas accuser le Japon de “manipulation” dans la conjoncture pénible actuelle. Autrement dit, ces interventions concertées du G 7 offrent une opportunité unique au Japon qui, via sa planche à billets, pourrait enfin rompre avec le cercle infernal de la déflation. 

Certes, le bilan de la Banque du Japon s’en trouverait affecté encore qu’il ne se situe aujourd’hui qu’autour de 27% du P.I.B. national par rapport à un précédent pic de 31% sachant que le bilan de la Réserve Fédérale US est de 17% par rapport au P.I.B. américain et ce en tenant compte des multiples injections de liquidités prodiguées… Il n’en reste pas moins que cette création de yens permettrait à l’évidence de peser sur la valeur de cette monnaie via des placements à l’étranger dans un contexte où la Banque du Japon ne détient que très peu d’actifs non japonais, soit 5’000 milliards de yens en réalité sur des réserves totales de 130’000 milliards de yens. 

Du reste, qui pourrait critiquer les autorités nippones de tenter de soutenir leur économie de cette façon alors que le pays ayant détrôné le Japon de la place de deuxième économie mondiale dispose d’une Banque Centrale dont le bilan atteint 68% du P.I.B. national?