Le gâchis chinois

Le gâchis chinois

octobre 23, 2022 0 Par Michel Santi

 

Plus personne n’ose désormais prétendre que la Chine deviendra prochainement la première économie au monde. De Goldman Sachs qui annonçait il y a une quinzaine d’années qu’elle serait numéro 1 en 2026, à Nomura qui le prévoyait pour 2028, à JP Morgan qui le voyait à l’horizon 2031… La question auprès des experts n’était donc pas tant si, mais quand, l’économie US serait supplantée dans sa pole position. Cette perspective semble aujourd’hui fort incertaine – plus d’actualité du tout en fait – tant les cartes ont été rebattues ces mois derniers, remettant ainsi foncièrement en cause l’ensemble des paramètres.

 

D’emblée, une constatation impossible à rater : tandis que l’ensemble des banques centrales remonte ses taux d’intérêt, la Chine est l’unique nation à l’économie majeure à l’échelle planétaire qui les baisse. Les autorités chinoises ne peuvent désormais plus masquer le fossé qui se creuse de plus en plus avec les Etats-Unis et qui est de l’ordre de 8.3 trillions de dollars actuellement contre 5.3 trillions encore l’an dernier, selon des calculs effectués par l’ancien patron de la Banque Mondiale, Bert Hofman. L’inflation insignifiante et la faible croissance nationales chinoises, mais surtout l’affaiblissement du Yuan et l’appréciation substantielle du billet vert, font même subir à l’économie de ce pays une récession dès lors que les paramètres sont exprimés en dollars ! Elle ne peut même plus se targuer d’être la locomotive asiatique car – et pour la première fois depuis 25 ans -, la croissance de l’Indonésie, de la Malaisie, des Philippines et du Vietnam dépassent celle de la Chine.

 

A l’extérieur, la crédibilité de Xi est donc à présent remise en question, lui qui n’avait de cesse à la moindre occasion de déclarer que l’Est dépasserait très prochainement un Ouest déclinant, et de marteler que son pays était sur le point de surclasser les USA. Vu de l’intérieur, le Congrès du Parti Communiste qui vient de se terminer consacre bien-sûr sa main mise absolue. Son pouvoir est effectivement total aujourd’hui, suite à sa campagne anti-corruption retentissante ayant principalement consisté à purger ses adversaires en même temps que ceux qui doutaient de sa gouvernance. Après trente ans de formidable essor – le plus impressionnant au monde ! -, après l’édification de villes au gigantisme étonnant, la fabrication de trains à grande vitesse, le système mis en place par le grand Deng Xiaoping est désormais rendu caduc par Xi qui n’est – de loin – guère plus un premier d’entre les égaux car il érige autour de sa personne un culte digne de l’époque Mao.

 

Quand le Parti récompensait la compétence, quand les successions s’effectuaient par consensus, quand la stratégie industrielle s’élaborait dans les provinces, la gouvernance de Xi a essentiellement consisté à privilégier la loyauté au mérite, induisant à l’évidence une profonde distorsion au sein de tout le processus décisionnel. En supprimant ce ruissellement qui distinguait les talents au travers du pays, en matant toute critique, des erreurs humaines, celles d’un seul homme – en l’occurrence lui – se sont transformées en échecs aux conséquences désastreuses : sa décision contestable d’abandonner le marché immobilier à son effondrement, sa chasse aux sorcières contre les géants technologiques du pays, son invraisemblable entêtement à poursuivre la Zéro-Covid allant de pair avec une surveillance totalitaire, la mise sous sa botte de Hong Kong… Des fleurons comme Alibaba et Tencent – aujourd’hui cassés – étaient pourtant une preuve indiscutable de créativité de la part de la Chine.

 

Et si Xi était fondamentalement en train de changer la société chinoise ?