Mon programme en 5 points pour la Banque Nationale Suisse

avril 9, 2024 0 Par Michel Santi

Le 9 avril 2024

Mesdames les Conseillères fédérales, Messieurs les Conseillers fédéraux,

Je suis candidat à succéder à Monsieur Thomas Jordan à la Présidence de la Banque Nationale Suisse et j’ai l’honneur de présenter en 5 points les réformes que je souhaiterai mettre en place en cas de nomination à cette fonction.

I – Elargissement de la Direction Générale de 3 à 5 membres et adoption d’un règlement instaurant la présence minimale de 2 femmes à cet organe.

II – Création d’un fonds souverain helvétique dont les objectifs prioritaires consisteront en des actions sociales, éducatives, en faveur de notre système de santé, mais également pour des investissements substantiels sur tous les pans de l’Intelligence Artificielle, de la recherche et des entreprises existantes ou à venir dans ce secteur.

La BNS peut et doit contribuer à stimuler intensivement ces technologies. L’IA génèrera au sein de notre économie des convergences qui résulteront en une croissance susceptible de se révéler exponentielle.

III – POLITIQUE MONETAIRE:

Les crises financières du passé ont dévoilé la faiblesse des marges de manœuvre dès lors que le taux d’intérêt est réduit à zéro, ou vire au négatif comme ce fut le cas en Suisse.
Je ne suis pas certain que nous serons en mesure de faire face aux inévitables crises du futur sans affiner notre arsenal.

A travers le monde, les diverses approches des banques centrales n’inspirent plus confiance. Aussi, les risques sont-ils majeurs en termes de contrôle de l’inflation, mais aussi de montants pharamineux que la Banque Centrale doit dépenser, gonfler son bilan, pour crever efficacement le plancher du taux nul, le tout dans un contexte de marchés financiers toujours plus massifs et qui risquent de basculer dans l’illiquidité en cas de fortes tourmentes. Il est certes possible d’aller encore plus bas dans les taux négatifs, mais il est très difficile à une économie et à une population de sortir indemne d’une situation quelque peu contre nature où le loyer de l’argent est négatif.

Je suggère une approche nouvelle qui consiste à mettre en place un régime de double taux d’intérêt. Comme nous le savons, une Banque Centrale doit choisir de faire bénéficier soit les épargnants soit les débiteurs, en augmentant, respectivement en baissant, son taux. La dualité du taux d’intérêt autorise précisément de soulager les deux catégories en même temps, en procurant des liquidités à un certain prix aux emprunteurs, tout en rémunérant les épargnants selon un autre. La Banque Centrale majorera également – et de manière significative si nécessaire – la rémunération perçue par les banques sur leurs réserves, à charge à elles d’en faire profiter leurs clients.

Un fait : le stimulus monétaire n’est plus confronté à aucune limite pratique en cas d’instauration de la dualité du taux d’intérêt.

Une certitude : nous ne pourrons plus gérer les crises à venir, autant économiques que géopolitiques que sécuritaires, avec l’instrument mortifère du taux négatif qui pénalise hautement les déposants, qui fragilise le secteur bancaire et financier, qui encourage l’accumulation d’espèces. Les diverses politiques de Quantitative Easing ont, en outre, généré des flambées boursières et des inégalités aberrantes.

La dédoublement du taux d’intérêt n’est pas une mesure révolutionnaire : il nécessite juste d’utiliser à meilleur escient un instrument traditionnel de la Banque Centrale, en évitant les effets collatéraux auxquels nous avons dû faire face des dernières années. En finalité, il agit en transférant de la richesse en faveur du secteur privé, il stimule l’économie, il combat efficacement la trappe de liquidités, il crève sans douleur le plancher du taux zéro. En somme, il confère à la politique monétaire une puissance illimitée.

IV –
Suspension immédiate de l’impression de la coupure de 1’000 francs qui affaiblit précisément notre politique monétaire. Les billets en circulation restent valables.

V –

Mesure de protection de nos entreprises exportatrices à travers la garantie d’un cours minimum de l’euro/chf à 0.95 (plancher équivalent à définir pour les autres monnaies).
Il s’agira de compenser chaque entreprise exportatrice du différentiel à sa charge si le cours du marché est inférieur à 0.95.
Lors de la crise de la Covid et de la mise en place des mesures d’urgence, la Suisse a démontré sa capacité à mettre en place de telles mesures. C’est donc à travers le système bancaire que chaque entreprise concernée effectuera sa déclaration.
Il conviendra à l’évidence de prévoir une compensation inverse à régler par les entreprises importatrices dès lors qu’elles bénéficient d’un cours plus favorable que 0.95.

Je souhaite sincèrement que ces lignes et propositions retiennent votre attention.
Dans cette attente, je vous prie d’agréer, Mesdames les Conseillères fédérales, Messieurs les Conseillers fédéraux, l’expression de ma haute considération.
Michel Santi

(Copie à la BNS)

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