Italie: comment décimer un pays en moins de 20 ans

Italie: comment décimer un pays en moins de 20 ans

juillet 24, 2019 1 Par Michel Santi

 

En 1960, le P.I.B. de l’Italie était inférieur de 15% à celui de la France, et de 27% plus bas que la moyenne des P.I.B. allemand, hollandais, belge et français réunis. Ce pays jouit pourtant d’une croissance robuste jusqu’au début des années 1990 car les revenus des ménages italiens devaient rattraper au courant de cette période ceux des autres nations de la zone Euro, tant et si bien que les P.I.B. français et italiens convergèrent vers 1995 et qu’il n’accusèrent plus que 6% de différence avec la moyenne des pays ci-dessus mentionnés. Depuis, les italiens se sont notoirement appauvris car le fossé entre leurs revenus et ceux des français se creuse désormais à près de 20%, pire que durant les années 1960.

Des décennies de convergence furent littéralement évaporées dès le milieu des années 1990 dans une Italie où tous les indicateurs économiques virèrent progressivement au rouge l’un après l’autre. Revenu par tête, investissement, exportation et productivité du travail ne cessèrent en effet de décliner alors que l’économie italienne avait jusque-là été le meilleur élève de l’Europe. L’exemplarité de cette nation – qui s’était conformée en tous points aux règles européennes en appliquant force réformes structurelles et discipline budgétaire – fut admirable. L’Italie a donc payé très cher le prix de cette rigueur, elle qui avait respecté les critères européens bien plus que la France et que l’Allemagne !

Meilleur élève de la zone euro préalablement aux années 1990, ayant joui sans discontinuer entre 1995 et 2008 d’excédents de son budget contrairement à la France et même à l’Allemagne, l’Italie et son économie furent néanmoins proprement décimées par cette consolidation fiscale, par le contrôle exercé sur ses salaires et par un euro surévalué. Non contents de cette lente descente aux enfers, ses gouvernements s’étant succédés de 2008 à 2018 – de Renzi à Monti – persévérèrent sur cette lancée de maintien d’excédents budgétaires car leur priorité était encore et toujours la discipline fiscale au détriment de la consommation et de l’investissement, puisque de l’aveu même de Mario Monti, Président du Conseil interviewé en 2012, cette consolidation devait se réaliser même s’il fallait «détruire la demande intérieure»…

L’Italie avait pourtant entièrement joué le jeu européen, contrairement à la France qui a allègrement laissé filé ses déficits. Le déficit primaire français fut en effet en moyenne de 2% de 2008 à 2018 pendant que l’Italie affichait, elle, un excédent primaire, et ses dépenses sociales furent progressivement réduites à environ 70% de celles de la France et de l’Allemagne. Depuis 1992 (à ce jour), la consommation par habitant en Italie stagne à + 0.25% l’an, alors que la moyenne de sa progression fut supérieure à 3% entre 1960 et 1992 ! Durant la même période, les exportations nettes par tête d’habitant furent divisées plus que par deux, affectant donc considérablement le secteur industriel italien, sa productivité, l’investissement et bien-sûr la croissance du pays. Cette austérité de près de 20 ans a en outre relégué la compétitivité technique de l’Italie qui abritait naguère des entreprises modèles qui auraient pu lutter à armes égales avec leurs compétitrices chinoises.

Aujourd’hui, l’Italie est livrée à elle-même,  elle qui fut d’ailleurs lâchement abandonnée lors de la crise migratoire par ses partenaires européens qui s’en lavèrent honteusement les mains. Ils devraient pourtant afficher et prouver une solidarité minimale avec cette nation, au moins pour des raisons égoïstes. La dérive italienne affectera et déstabilisera l’ensemble de l’Union car les engagements des banques françaises et allemandes en Italie et dans sa dette se montent à respectivement 390 et 130 milliards d’euros. Espérons que le nouvel exécutif européen sache s’y prendre avec plus de tact et de respect vis-à-vis de l’Italie, mais les chances sont infimes car il semblerait que la raideur idéologique soit la marque de fabrique – et la malédiction – de la technocratie européenne.