Les tribulations de Philippe Hildebrand coûteront cher à la Suisse

février 4, 2012 0 Par Michel Santi

Isolée au cœur d’un ensemble européen en pleine crise existentielle, la Banque Nationale Suisse – sous l’impulsion décisive de son Président Philippe Hildebrand – s’est battue depuis 2009 à armes inégales contre une spéculation ayant porté le franc à des niveaux invraisemblablement élevés. Pourtant, cette guerre au franc fort fut également menée avec une agressivité intense et une maladresse évidente par un Hildebrand – certes pris dans le feu de l’action – mais qui semblait faire fi des moyens limités de la B.N.S. contre des marchés omnipotents. La Banque Centrale Suisse n’est simplement pas de taille à absorber les flux quotidiens internationaux en francs fuisses ni capable de tenir tête toute seule à un marché dont on sait qu’il est le plus important au monde. Depuis les achats massifs et répétitifs d’Euros opérés par la banque centrale sur le marché des Changes à l’abandon unilatéral de ces interventions ayant paradoxalement offert aux spéculateurs de formidables opportunités d’acheter du franc suisse à bon prix. Depuis l’introduction de la notion de « plafond » pour le cours du franc qui serait défendu par la B.N.S. mais qui devait se révéler être un fiasco supplémentaire. A la définition récente du « peg », c’est-à-dire à la corrélation de la monnaie helvétique par rapport à l’Euro doublée de la volonté farouche de défendre « coûte que coûte » (selon les déclarations officielles) le palier des 1.20…

 

Erreurs tactiques d’une légèreté impardonnable car une Banque Centrale qui se respecte ne pénètre dans l’arène que pour livrer une bataille qu’elle est certaine de gagner! Hildebrand s’était-il cru investi d’une mission divine en mettant en action toutes les batteries de la BNS dans le but de pourfendre les amateurs de francs suisses ? De fait, les pertes de la Banque Nationale Suisse se comptent désormais par dizaines de milliards de francs et son bilan dépasse 260 milliards, chiffre qui représente la moitié du P.I.B. de son propre pays ! La Banque Nationale Suisse a tant et si bien acheté et amassé la monnaie unique (par débit franc fuisse) qu’elle se retrouve à détenir bien plus d’Euros que de sa propre monnaie! On croit rêver en effet dès lors que l’on se rend compte que la Banque Centrale Suisse dispose aujourd’hui d’un bilan … surtout libellé en Euros. Comment la BNS, détenue principalement par les cantons mais qui n’en reste pas moins une entité dont les titres peuvent être acquis par le public, est-elle en mesure de justifier ce bilan contre nature? En outre, comment le Président d’une banque centrale – par définition non élu par le peuple – est-il capable d’indexer le franc suisse à la monnaie unique alors même que la majorité des citoyens et des cantons – s’ils étaient consultés aujourd’hui – refuseraient catégoriquement l’adhésion à l’Union Européenne ?

 

La défense de la compétitivité helvétique est certes un objectif noble mais la Suisse peut-elle se permettre d’encaisser de telles pertes colossales qui seront amenées à s’aggraver davantage par le raffermissement imminent du franc suite au départ de Hildebrand ? Car c’est au tribunal des marchés que cette affaire génèrera le plus de dégâts du fait de la vulnérabilité exacerbée d’une Banque Nationale Suisse qui se retrouve au cœur d’un scandale caractérisé par l’appât du gain – ou au mieux par la négligence intolérable – de son propre Président ? Les montants impliqués – 60’000 francs suisses – sont certes insignifiants mais il est néanmoins moralement injustifiable que l’épouse du patron de la B.N.S. se lance dans une transaction forex consistant à vendre du franc concomitamment à une intervention sur le marché des Changes initiée par son époux qui consiste précisément à affaiblir la devise helvétique. Madame Hildebrand , ayant exercé le métier de trader chez Moore Capital, désireuse d’acheter des dollars à  un prix « record » et à des niveaux « ridiculement bon marchés » (selon ses propres termes) était-elle prosaïquement à l’affût d’un bon coup ? Pouvait-elle ignorer l’intervention massive et spectaculaire – donc préparée et planifiée bien à l’avance – de la B.N.S. ?

 

« The jury is out » comme disent les anglo-saxons car cette affaire n’aura aucune répercussion juridique, son époux ayant d’ores et déjà payé par son départ le prix de ce mélange des genres inacceptable de la part du dirigeant d’une banque centrale membre du G 20. Toujours est-il que c’est le contribuable helvétique qui sera invité à régler la note d’un Hildebrand aujourd’hui déchu qui prenait plaisir à jouer le justicier à la Charles Bronson.