Aux origines de la crise européenne

Aux origines de la crise européenne

décembre 10, 2011 0 Par Michel Santi

L’introduction de la monnaie unique fut à l’origine de distorsions majeures puisque les flux de capitaux purent ainsi transiter d’une nation membre de l’Union à l’autre sans régulation ni contrôle. Il va de soi que ces liquidités en quête de rentabilités intéressantes quittèrent progressivement les nations du Nord à potentiel limité (Benelux, Allemagne et aussi France) pour aller se loger dans les nations du Sud en pleine expansion et qui avaient alors soif de capitaux. Les investisseurs firent donc grimper les enchères et les rendements au sein de ces économies européennes du Sud transformées en chantiers bouillonnants, confortant ainsi la propension légendaire de leurs gouvernements et de leur population à vivre au-dessus de leurs moyens.

 

Cette vie à crédit comme ces flux incessants de capitaux auraient été en d’autres circonstances modérés par des ajustements des monnaies nationales de ces nations gloutonnes et dépensières. Pourtant, les taux de change n’ont pu jouer leur rôle indispensable de régulateurs puisque tous ces pays avaient en commun la même devise. Les masses de liquidités pouvaient donc quitter les nations riches pour coloniser les nations « émergentes » membres de  l’Union  sans que la parité de l’Euro n’en soit affectée à la baisse pour les pays qui investissaient ou à la hausse pour ceux qui bénéficiaient de ces flux de capitaux. Ces distorsions induisirent en outre une inflation notoire au sein des nations en plein boom du Sud … inflation qui fut royalement ignorée par l’Allemagne (pour ne citer qu’elle) qui était alors heureuse de pouvoir investir et exporter en direction de ces pays à fort potentiel.

 

Pour désastreuses que furent sur le moyen terme de telles disparités du taux d’inflation au sein de la même zone, elles ne furent néanmoins pas combattues puisque le taux d’intérêt (comme la monnaie) était unique dans l’ensemble de cette zone. Lequel taux d’intérêt fut maintenu à un niveau artificiellement bas pendant plusieurs années afin de soutenir une économie allemande peu dynamique en ce début des années 2000 avec, pour conséquence immédiate et inévitable, une surchauffe des économies périphériques. En effet, ces nations en pleine expansion – qui auraient dû être contenues par des taux d’intérêts plus élevés – ont donc été lâchées en pâture aux spéculateurs ayant contribué à y gonfler toutes sortes de bulles qui auraient pu être évitées par une politique monétaire adaptée. Les fameux excès des PIIGS sont donc largement dus aux taux d’intérêts européens laxistes autorisés par la BCE et imposés par une Allemagne qui en avait alors bien besoin ! C’est l’Allemagne qui a donc dicté à la BCE cette politique et pas la Grèce, ni le Portugal, ni l’Irlande, ni l’Espagne…

 

Autant de pays qui furent abandonnés à leur sort et à leurs multiples bulles spéculatives dès que ces capitaux s’asséchèrent suite à la crise financière. Après avoir largement investi et bénéficié du développement spectaculaire de l’Europe périphérique, l’Europe du Nord fit ainsi volte-face et se mit donc à mettre en accusation des « cigales », naguère pourtant généreusement entretenues par les fourmis nordiques. Il n’est certes pas question d’exonérer les comportements irresponsables des dirigeants nationaux irlandais ou espagnols ayant fermé les yeux sur les excès de leurs pays et de leurs citoyens comme il est important de condamner les mensonges grecs. De même qu’il convient de déplorer les refus ou retards coupables des gouvernements successifs de ces pays dans les réformes vitales de leur fiscalité, de leur marché du travail et dans l’amélioration de leur productivité… Pour autant, l’appât du gain du milieu des affaires et de la finance nordique, la tolérance des autorités face à des taux d’intérêts injustifiables et leur connivence par rapport à une circulation des capitaux ayant inondé les pays du Sud furent autant de facteurs ayant contribué à précipiter les PIIGS dans les abîmes.

 

C’est donc en toute logique que l’Allemagne pousse aujourd’hui vers l’excès diamétralement opposé consistant à imposer une austérité aveugle à ces pays fortement sinistrés. Sa fixation sur les déficits budgétaires est en effet  d’autant moins compréhensible qu’ils ne sont pas aux racines de la crise financière. C’est en effet l’avènement de cette crise qui a insufflé du déficit dans les budgets des Etats et non l’inverse : l’Espagne et l’Irlande n’étaient-ils pas excédentaires préalablement à la crise ? En outre, il coule sous le sens que tous les  pays – a fortiori d’un même ensemble monétaire – ne peuvent bénéficier de budgets excédentaires en même temps comme il est évident que les capitaux ne sauraient s’investir de manière équilibrée au sein de tous les membres de l’Union Européenne… Car le mal qui ronge l’Union n’est pas celui des déficits budgétaires mais bel et bien celui du contrôle et de la régulation des flux de capitaux qui favorisent notoirement les déséquilibres de la balance des paiements de chaque membre dans un contexte de monnaie commune à toutes ces nations.