La prospérité allemande: cauchemar pour 40% de ses citoyens

La prospérité allemande: cauchemar pour 40% de ses citoyens

avril 9, 2018 2 Par Michel Santi

 

Le miracle économique allemand a ses côtés sombres, symbolisés par un excédent budgétaire massif de 1.2% du P.I.B. – soit 38.2 milliards d’euros en 2017 – qui plombe les infrastructures du pays qui se trouvent être les moins qualitatives de tous les pays riches et industrialisés. L’épargne publique démesurée allemande induit un sous-investissement naturel à l’intérieur même du pays et contribue accessoirement et de manière substantielle à déstabiliser le commerce mondial.

Les conséquences, pour l’Allemagne, de sa frugalité lui sont d’abord nocives à elle-même puisqu’elle figure annuellement entre la 16 ème et la 30 ème place au classement du World Economic Forum pour ce qui est de la qualité de ses infrastructures routières, ferroviaires et même pour l’état de sa connection internet ! Du reste, les pouvoirs publics donnent un mauvais exemple au secteur privé qui restreint, lui aussi et à son image, ses propres investissements dans l’outil de travail comme dans l’entreprise de manière générale.

Les réformes Hartz, également connues sous « Agenda 2010 », mises en place en 2003 et 2005 et largement commentées et analysées par moi au fil de multiples articles et d’ouvrages, n’expliquent pas à elles seules la conjoncture sociale et infrastructurelle allemandes très déprimées. Si le taux de chômage atteint désormais des records de baisse dans ce pays, le nombre d’heures travaillées par les allemands est en baisse constante et régulière depuis 20 ans. Sachons interpréter ces statistiques car il ne s’agit pas là d’un mouvement généralisé des travailleurs de ce pays ayant décidé de réduire leur nombre d’heures travaillées afin de profiter de leur temps libre dans un contexte national de boom du marché de l’emploi.

En réalité, l’explosion de la précarité en Allemagne raconte une tout autre histoire car cette déconnection entre taux de chômage en baisse et réduction du nombre d’heures de travail se traduit par un cinquième des salariés allemands qui sont rémunérés dérisoirement, à savoir environ 11 euros de l’heure. Non contentes de présider à l’apparition d’une sous-classe de travailleurs – phénomène déjà en soi scandaleux au sein d’une Allemagne censée être riche et prospère-, les autorités de ce pays leur imposent en outre des taux de taxation aberrants, comme pour les punir de la misère où ils se retrouvent. Ces travailleurs allemands « low cost » doivent en effet s’acquitter d’un impôt de 45% sur leurs bas revenus qui se retrouve 13% au-dessus de la moyenne des autres pays de l’OCDE. En fait, depuis la création de ces statistiques en 2’000, c’est les bas revenus allemands qui trônent à la première place du point de vue du niveau de leur imposition.

Merkel a beau affirmer et répéter que les allemands vivent aujourd’hui « dans la meilleure Allemagne qui soit », elle semble ne pas être préoccupée outre mesure par cette armée de pauvres – voire de très pauvres – concitoyens n’ayant rien d’autre à part leur maigre salaire, aucun actif, aucune propriété, aucune épargne, quasiment rien sur leur compte bancaire. C’est effectivement pas moins de 40% de la population allemande qui se retrouve désormais exclue du mirage allemand et qui – selon un sondage de la chaîne ARD – place désormais les inégalités sociales quasiment au même rang que le problème des réfugiés sur la liste de leurs inquiétudes prioritaires.

Alors, la prospérité et le taux de chômage en Allemagne : miracle ou mirage ?