Arabie Saoudite: tel est pris qui croyait prendre…

Les efforts de l’OPEP n’y feront vraisemblablement rien. L’augmentation des plate-formes, le gonflement des stocks, la progression fulgurante de la technologie combinés à l’excès des approvisionnements contribuent jour après jour à renforcer les producteurs US de pétrole. De fait, les Etats-Unis parviendront très prochainement à la première place, celle de producteur de pétrole de référence, ou «swing producer», qui conditionnera l’ensemble des intervenants et du marché mondial.
C’est effectivement les fondements mêmes de ce marché qui bougent depuis quelques années, comme des plaques tectoniques, car c’est désormais l’ancien swing producer –l’Arabie Saoudite– qui en est réduit à se débattre dans un contexte lui ayant rarement été aussi défavorable. Elles sont loin en effet ces années 70 qui étaient suspendues au bon vouloir de ce Royaume qui, d’un coup de robinet ouvert ou fermé, régnait sans partage sur les cours du pétrole. Le récent accord de l’OPEP consistant à plafonner à 1.8 millions de barils/jour la production de ses membres et non membres met surtout en avant les fragilités, voire les contradictions, des parties prenantes et -en l’occurrence– du plus important d’eux, l’Arabie.
C’est toute la stratégie de sabotage des producteurs américains, initiée dès 2014, qui s’est brutalement retournée contre ce pays, qui avait alors sciemment refusé de réduire sa production, persuadé qu’il couperait l’herbe sous les pieds des producteurs de pétrole et de gaz de schiste US. L’Arabie –qui avait accepté de réduire drastiquement ses propres recettes du fait de prix pétroliers en chute libre- n’avait certes pas anticipé l’effondrement des coûts de productions américains. Ni vu venir le «fracking 2.0» -autorisant les exploitants américains à comprimer substantiellement leurs coûts de production– grâce à une révolution technologique permettant de donner des instructions de forage à distance par l’entremise de l’application “ISteer”! Miracle technologique autorisant de forer, d’exploiter et de produire en des temps records et ayant pour résultat de pomper les mêmes quantités de pétrole et, ce, quelque soit le prix du marché.
De fait, les exploitants américains –naguère trois fois moins compétitifs que leurs concurrents du Moyen-Orient ont ramené aujourd’hui leurs coûts de production à environ 35 dollars le baril. L’Arabie se retrouve donc à la croisée des chemins, obligée d’œuvrer à stabiliser les prix du pétrole malgré une croissance ininterrompue de la production américaine, car elle tire 90% de ses revenus de ses recettes pétrolières. Ayant largement brûlé ses réserves de change afin de préserver son économie, sa paix sociale et -accessoirement– sa dynastie, elle va tenter de constituer un fonds souverain en cédant 5% d’Aramco, sa compagnie pétrolière nationale.
Les Saoudiens se rendent désormais compte qu’ils ne sont plus en mesure de contrôler le marché du pétrole et que le mieux qu’ils puissent encore entreprendre aujourd’hui est de protéger leur économie. Destruction ou survie : telles sont –en 2017- les seules options encore entre les mains de l’Arabie.
Chers lecteurs,
Ce blog est le vôtre : je le tiens assidument avec régularité et passion. Des milliers d’articles et d’analyses sont à votre disposition, dont les premiers remontent à 1993 !
Mes prises de position macro économiques furent autrefois qualifiées d’hétérodoxes. Elles sont aujourd’hui communément admises et reconnues. Quoiqu’il en soit, elles ont toujours été sincères.
Comme vous l’imaginez, vous qui découvrez ce site ou vous qui me lisez depuis des années, l’énergie déployée et le temps consacré à mes recherches sont substantiels. Ce travail continuera à rester bénévole, accessible à toutes et à tous.
Je mets à votre disposition cette plateforme de paiement, et vous encourage à me soutenir par des dons, ponctuels ou récurrents.
Que celles et ceux qui jugent bon de soutenir ma démarche en soient chaleureusement remerciés.