LE MISSILE VOTANT

LE MISSILE VOTANT

août 5, 2026 0 Par Michel Santi

 

… ou comment Téhéran transforme le pétrole en arme électorale

L’Iran n’a pas besoin de vaincre les États-Unis sur le champ de bataille, car il lui suffit de faire parvenir le prix de la guerre jusqu’à la pompe américaine — puis jusqu’aux urnes du 3 novembre.

En quarante-huit heures, le marché pétrolier a résumé la guerre.

Mardi dernier, l’espoir d’un accord sur la réouverture d’Ormuz a fait chuter le Brent de 5 %, avant que, mercredi, la revendication par les Houthis d’une attaque contre un pétrolier saoudien près de Yanbu ne le ramène au-dessus de 80 dollars. Aucun grand terminal n’a été détruit : seule la probabilité d’une rupture a changé.

De la pompe aux urnes

Car telle est l’arme que Téhéran manie avec maîtrise.

Quand le rayon militaire d’un drone se mesure en kilomètres, le rayon politique de l’action iranienne se mesure, pour sa part, en dollars à la pompe et en sièges au Congrès.

Voilà pourquoi Téhéran multiplie les chemins par lesquels le coût de la guerre atteint l’Amérique. Avant le conflit, environ 20 % du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux transitaient par Ormuz ; sa fermeture a donc rendu vital l’axe Yanbu–Bab el-Mandeb–Suez. Il est inutile de bloquer chaque voie : rappeler qu’aucune n’est invulnérable suffit à renchérir le fret, les assurances et le baril.

Pour autant, le prix du gallon ne dépose pas un bulletin. Les électeurs peuvent blâmer Téhéran, Israël, les pétroliers ou la Maison-Blanche ; l’emploi, l’inflation et le contre-récit présidentiel comptent aussi. Ces chiffres n’établissent donc pas une causalité électorale : ils montrent le terrain sur lequel elle peut se construire.

De fait, l’Iran ne choisit pas pour qui votent les Américains, mais tente de modifier les conditions — et le prix — de leur vote.

Un levier sous contrôle imparfait

Son pari est fragile, car Téhéran n’est pas l’unique joueur : Israël est l’autre horloge et refusera tout accord rouvrant Ormuz sans neutraliser les capacités iraniennes. Ainsi, l’Iran peut peser sur le calendrier américain, mais ne commandera pas celui d’Israël.

Voilà ce que Thomas Schelling appelait la « menace qui laisse une part au hasard » : chacun augmente le risque sans contrôler tous les acteurs. Et les pourparlers ne démentent pas ce calcul, car faire monter le risque, puis proposer de le réduire, transforme la coercition en levier.

Téhéran a démontré qu’il ne pouvait gagner cette guerre et ni en maîtriser le risque. Attention, cependant, car les Iraniens ont identifié l’étrange centre de gravité de la première puissance militaire mondiale à trois mois d’un scrutin.

Le projectile iranien le plus efficace ne frappera peut-être aucune base américaine. Il terminera sa course sous la forme d’un bulletin de vote.

Chers lecteurs,

Ce blog est le vôtre : je le tiens assidument avec régularité et passion. Des milliers d’articles et d’analyses sont à votre disposition, dont les premiers remontent à 1993 !

Mes prises de position macro économiques furent autrefois qualifiées d’hétérodoxes. Elles sont aujourd’hui communément admises et reconnues. Quoiqu’il en soit, elles ont toujours été sincères.

Comme vous l’imaginez, vous qui découvrez ce site ou vous qui me lisez depuis des années, l’énergie déployée et le temps consacré à mes recherches sont substantiels. Ce travail continuera à rester bénévole, accessible à toutes et à tous.

Je mets à votre disposition cette plateforme de paiement, et vous encourage à me soutenir par des dons, ponctuels ou récurrents.

Que celles et ceux qui jugent bon de soutenir ma démarche en soient chaleureusement remerciés.