Suffocation de l’économie planétaire

Dans le golfe Persique, un couloir de trente-trois kilomètres conditionne la vie de huit milliards d’êtres humains. Vingt millions de barils de pétrole y transitent chaque jour — soit 20 % de la consommation mondiale, selon l’EIA — auxquels s’ajoute un cinquième du commerce mondial de gaz naturel liquéfié. Le choc global d’un tel blocus dépasserait la pression exercée sur l’Iran.
Réduire Ormuz au pétrole brut serait en effet une erreur de cadrage. Ormuz n’est pas un robinet, mais la colonne vertébrale logistique du monde industrialisé. A travers laquelle transitent la nourriture — engrais azotés synthétisés à partir du gaz qatari —, médicaments — molécules pétrochimiques entrant dans la quasi-totalité des produits pharmaceutiques —, enfin kérosène sans lequel les avions restent cloués au sol.
Un blocus déclencherait une pénurie physique et simultanée en quelques semaines, et se traduirait en ruptures alimentaires, en flottes immobilisées, en fermetures d’usines, en rationnement hospitalier.
Pour mesurer l’échelle, l’embargo arabe de 1973 avait retranché 5 % de l’offre mondiale – et avait suffi à déclencher une récession globale. Un blocus d’Ormuz représente un choc quatre à cinq fois supérieur, dans une économie incomparablement plus interdépendante. Le diagramme ci-joint retrace la mécanique en cascade, du goulet au déficit, de l’escalade au piège stratégique.
Une confrontation que nul ne maîtrise
L’article 38 de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer garantit le droit de passage en transit dans les détroits internationaux. Bloquer un pétrolier chinois ou indien ne serait pas une mesure de pression économique, mais bel et bien une atteinte à la souveraineté maritime de puissances nucléaires.
La Chine, comme l’Inde, importent 40 % de leur pétrole du Golfe. Pékin dispose de navires de guerre dans la zone et d’accords d’accès naval avec Oman, avec le Pakistan, avec Djibouti. Accepter qu’un navire commercial chinois soit stoppé par la marine américaine en eaux internationales reviendrait à valider le précédent d’un contrôle américain de la navigation chinoise — y compris, demain, dans le détroit de Taïwan. Aucun dirigeant chinois ne le tolèrera jamais. Si la Chine décidait d’escorter préventivement ses tankers, la marine américaine devra alors choisir entre ouvrir le feu et s’effacer.
En 1988, le croiseur USS Vincennes a abattu un Airbus d’Iran Air — 290 civils tués — après l’avoir confondu avec un chasseur F-14, dans un contexte de tensions bien inférieures. C’est dans cet espace saturé que se jouerait l’escalade — et non dans les capitales. Qui peut exclure le commandant nerveux, le navire qui n’obtempère pas, le coup de semonce mal calibré ?
Le piège
La menace de blocus place Washington dans un dilemme. Exécutée, elle déclenche une crise mondiale dont l’Amérique est à la fois l’auteur et l’une des premières victimes. Retirée, elle affaiblira durablement la dissuasion américaine.
Trente-trois kilomètres d’eau. Aucune sortie sans dommage.

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Le 25e amendement à la Constitution américaine a été révisé et ratifié en 1967. Il est structuré autour de quatre sections : la succession présidentielle en cas de décès, de destitution ou de démission (1) ; la vacance de la vice-présidence (2) ; la déclaration d’incapacité du président (3) ; et la procédure de mise en accusation (4).
Ce “fou” de Trump devrait être destitué par le peuple américain conformément à la section (4) – pour commencer – avant que lui-même nous dirige vers un hiver nucléaire.
Raymond dit : octobre 20, 2024 à 10:52 pm
(…) Dans l’ère du temps des “dettes odieuses” * (double sens) j’estime que ces prochaines décennies vont nous dévoiler le véritable visage des États-Unis vs l’Occident. Répudiation de tranches de dettes contractées en $ – “haircut” – et/ou des batailles juridiciaires avec de nouvelles doctrines à l’échelle globale sur le front des éventuelles “dettes odieuses”. Voilà qui promet un “supramonde” à notre “monde (actuel) d’Après” déjà palpitant.
(*) Selon la doctrine, pour qu’une dette soit odieuse, et donc nulle, elle doit remplir deux conditions :
1) Elle doit avoir été contractée contre les intérêts de la Nation, ou contre les intérêts du Peuple, ou contre les intérêts de l’État.
2) Les créanciers ne peuvent pas démontrer qu’ils ne pouvaient pas savoir que la dette avait été contractée contre les intérêts de la Nation.
Il faut souligner que selon la doctrine de la dette odieuse, la nature du régime ou du gouvernement qui la contracte n’est pas particulièrement importante, puisque ce qui compte, c’est l’utilisation qui est faite de cette dette. Si un gouvernement démocratique s’endette contre l’intérêt de la population, cette dette peut être qualifiée d’odieuse, si elle remplit également la deuxième condition. Par conséquent, contrairement à une version erronée de cette doctrine, la dette odieuse ne concerne pas seulement les régimes dictatoriaux.
Le père de la doctrine de la dette odieuse, Alexander Nahum Sack, dit clairement que les dettes odieuses peuvent être attribuées à un gouvernement régulier. Sack considère qu’une dette régulièrement contractée par un gouvernement régulier peut être considérée comme incontestablement odieuse… si les deux critères ci-dessus sont remplis.
Il ajoute : « Ces deux points établis, c’est aux créanciers que reviendrait la charge de prouver que les fonds produits par lesdits emprunts avaient été en fait utilisés non pour des besoins odieux, nuisibles à la population de tout ou partie de l’État, mais pour des besoins généraux ou spéciaux de cet État, qui n’offrent pas un caractère odieux ».
Sack a défini un gouvernement régulier comme suit : « On doit considérer comme gouvernement régulier le pouvoir suprême qui existe effectivement dans les limites d’un territoire déterminé. Que ce pouvoir soit monarchique (absolu ou limité) ou républicain ; qu’il procède de la « grâce de Dieu » ou de la « volonté du peuple » ; qu’il exprime la « volonté du peuple » ou non, du peuple entier ou seulement d’une partie de celui-ci ; qu’il ait été établi légalement ou non, etc., tout cela n’a pas d’importance pour le problème qui nous occupe. »
Donc, il n’y a pas de doute à avoir sur la position de Sack, tous les gouvernements réguliers, qu’ils soient despotiques ou démocratiques, sous différentes variantes, sont susceptibles de contracter des dettes odieuses