Suffocation de l’économie planétaire

Suffocation de l’économie planétaire

avril 12, 2026 2 Par Michel Santi

 

Dans le golfe Persique, un couloir de trente-trois kilomètres conditionne la vie de huit milliards d’êtres humains. Vingt millions de barils de pétrole y transitent chaque jour — soit 20 % de la consommation mondiale, selon l’EIA — auxquels s’ajoute un cinquième du commerce mondial de gaz naturel liquéfié. Le choc global d’un tel blocus dépasserait la pression exercée sur l’Iran.

Réduire Ormuz au pétrole brut serait en effet une erreur de cadrage. Ormuz n’est pas un robinet, mais la colonne vertébrale logistique du monde industrialisé. A travers laquelle transitent la nourriture — engrais azotés synthétisés à partir du gaz qatari —, médicaments — molécules pétrochimiques entrant dans la quasi-totalité des produits pharmaceutiques —, enfin kérosène sans lequel les avions restent cloués au sol.

Un blocus déclencherait une pénurie physique et simultanée en quelques semaines, et se traduirait en ruptures alimentaires, en flottes immobilisées, en fermetures d’usines, en rationnement hospitalier.

Pour mesurer l’échelle, l’embargo arabe de 1973 avait retranché 5 % de l’offre mondiale – et avait suffi à déclencher une récession globale. Un blocus d’Ormuz représente un choc quatre à cinq fois supérieur, dans une économie incomparablement plus interdépendante. Le diagramme ci-joint retrace la mécanique en cascade, du goulet au déficit, de l’escalade au piège stratégique.

Une confrontation que nul ne maîtrise

L’article 38 de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer garantit le droit de passage en transit dans les détroits internationaux. Bloquer un pétrolier chinois ou indien ne serait pas une mesure de pression économique, mais bel et bien une atteinte à la souveraineté maritime de puissances nucléaires.

La Chine, comme l’Inde, importent 40 % de leur pétrole du Golfe. Pékin dispose de navires de guerre dans la zone et d’accords d’accès naval avec Oman, avec le Pakistan, avec Djibouti. Accepter qu’un navire commercial chinois soit stoppé par la marine américaine en eaux internationales reviendrait à valider le précédent d’un contrôle américain de la navigation chinoise — y compris, demain, dans le détroit de Taïwan. Aucun dirigeant chinois ne le tolèrera jamais. Si la Chine décidait d’escorter préventivement ses tankers, la marine américaine devra alors choisir entre ouvrir le feu et s’effacer.

En 1988, le croiseur USS Vincennes a abattu un Airbus d’Iran Air — 290 civils tués — après l’avoir confondu avec un chasseur F-14, dans un contexte de tensions bien inférieures. C’est dans cet espace saturé que se jouerait l’escalade — et non dans les capitales. Qui peut exclure le commandant nerveux, le navire qui n’obtempère pas, le coup de semonce mal calibré ?

Le piège

La menace de blocus place Washington dans un dilemme. Exécutée, elle déclenche une crise mondiale dont l’Amérique est à la fois l’auteur et l’une des premières victimes. Retirée, elle affaiblira durablement la dissuasion américaine.

Trente-trois kilomètres d’eau. Aucune sortie sans dommage.

 

 

 

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