
L’Arabie saoudite aurait perdu en quelques jours l’essentiel des positions stratégiques conquises depuis son intervention au Yémen en 2015.
- Malgré dix ans de guerre, des moyens militaires considérables et le soutien de ses alliés, Riyad n’a jamais réussi à prendre Sanaa ni à éliminer Ansar Allah.
- Son principal acquis territorial restait la côte occidentale au sud de Hodeïda : Al-Makha, Dhubaab, les abords de Bab al-Mandab et plusieurs îles.
- L’effondrement rapide de ce front permettrait désormais à Ansar Allah de contrôler une portion beaucoup plus importante du littoral yéménite.
- La prise d’Al-Makha est décisive : son port commande l’accès à Bab al-Mandab, passage essentiel entre la mer Rouge et le golfe d’Aden.
- Depuis 2023, Ansar Allah avait déjà perturbé le trafic maritime depuis une base géographique limitée autour de Hodeïda. Son extension vers le sud accroît fortement sa capacité de surveillance et de frappe.
- Les pétroliers saoudiens, jusqu’ici moins sensibles au coût des assurances et capables de continuer à emprunter cette route, deviennent directement vulnérables.
- Ansar Allah disposerait ainsi d’un levier inédit : menacer les exportations pétrolières saoudiennes afin de contraindre Riyad à lever le blocus économique imposé au Yémen.
En somme, la perte n’est pas seulement territoriale, mais inverse le rapport de force. Après avoir longtemps utilisé le blocus contre Sanaa, l’Arabie saoudite pourrait désormais voir sa propre artère pétrolière prise en otage à Bab al-Mandab.
MBS aurait appelé deux fois hier Trump pour lui demander d’intervenir, essuyant deux refus successifs.
Le paradoxe saoudien est saisissant : le royaume possède l’une des forces aériennes les plus puissantes de la région, avec près de 400 appareils, dont de nombreux F-15 et Eurofighter Typhoon, mais sa liberté d’action serait désormais presque nulle. Riyad aurait épuisé ses stocks de missiles intercepteurs en contribuant à la défense d’Israël, au point de ne plus pouvoir protéger ses propres installations contre une riposte iranienne.
Toute frappe contre l’Iran ou l’un de ses alliés pourrait dès lors exposer les infrastructures énergétiques saoudiennes à des représailles dévastatrices. Dans un pays où l’approvisionnement en eau dépend largement du dessalement, les conséquences dépasseraient de très loin la production pétrolière : elles pourraient provoquer une catastrophe humanitaire. Sans protection effective des États-Unis et d’Israël, le royaume se retrouverait ainsi dans l’incapacité d’affronter Téhéran, malgré l’ampleur de ses dépenses militaires. Par sa résistance, ses capacités de frappe et les tactiques qu’il a développées, l’Iran aurait réussi à imposer aux autres puissances régionales les conditions de la confrontation.
Les félicitations de Trump à Mohammed ben Salmane pour le pacte de La Mecque, après le refus du prince héritier de le suivre sur les accords d’Abraham, prendraient alors une tout autre signification. Elles pourraient se lire comme un avertissement sous couvert de courtoisie diplomatique : MBS a choisi sa voie, et Washington entend désormais lui en laisser assumer les conséquences.
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