Les statistiques chinoises ont-elles encore du sens ?

December 9, 2009 0 By Michel Santi

Les évènements dramatiques de la crise financière ont à peine effleuré la Chine qui a constamment donné l’impression de maintenir le cap dans un contexte général pour le moins tourmenté.

L’explication de cette apparente stabilité proviendrait-elle des masses de liquidités absolument massives déversées par les autorités chinoises dans leur économie? Sur les seuls neuf premiers mois de cette année, les prêts accordés par Pékin – 1’270 milliards de dollars – et destinés à soutenir son marché immobilier, son secteur industriel et ses autres infrastructures ont effectivement bénéficié d’un bond stupéfiant de 136% par rapport à l’année précédente. En fait, les crédits consentis par l’Etat chinois en faveur de son économie – qui représentent à ce jour 140 % de son P.I.B. – consacrent ce pays comme le champion incontesté dans ce domaine parmi les pays du BRIC. A de tels niveaux de financements, une crise du crédit tout aussi grave qu’imprévisible peut survenir à tout moment!

Les ratios sont en effet loin d’être rassurants car, tandis que de 2000 à 2008, 1.50 dollars de nouveaux crédits se traduisaient en 1 dollar de progression de son P.I.B., ce ratio – qui est aujourd’hui de 7 contre 1 – démontre une efficience en nette dégradation. Pour mémoire, juste avant le déclenchement de la crise en 2007, ce ratio était de 4 contre 1 aux Etats-Unis…

En réalité, ces sommes fabuleuses déversées dans son économie nationale ne font plus aujourd’hui que gonfler la capacité industrielle de la Chine qui serait ainsi en mesure – par exemple – de répondre aux besoins annuels en ciment à la fois des Etats-Unis, du Japon et de l’Inde! La production d’acier, qui excède aussi largement tous les besoins dans une conjoncture internationale déprimée, permet par ailleurs à la Chine de stocker aujourd’hui plus de 80 millions de tonnes en quête d’acheteurs. Et que dire des inventaires en aluminium actuellement à 250’000 tonnes? La Chine ,dont on attendait qu’elle sauve le monde, ne tardera pas à accuser le coup de baisses de prix de ces matières avec à la clé des fermetures d’usines contrôlées par l’Etat…

Sa croissance à un rythme annuel de 8.9% au troisième trimestre 2009, son stimulus gigantesque de 586 milliards de dollars supposé agir comme thérapie de choc ne font en réalité que proroger un état de fait o๠elle utilise les Etats-Unis afin de développer son secteur privé tandis que les Etats-Unis profitent de ses ressources afin d’étendre leur secteur public! Pour autant, ce mariage de raison est actuellement susceptible d’imploser à tout moment et ce principalement en raison de la sur capacité économique chinoise. La Chine, qui subventionne en effet indirectement son secteur privé à l’exportation en maintenant la valeur de sa monnaie à un niveau très bas vis-à -vis du billet vert tout en tolérant un gonflement de facto de tous ses stocks qui ne trouvent pour le moment pas de débouchés, se condamne par la même occasion à une dangereuse fuite en avant. Toute interruption de ces subsides et de ce soutien à son secteur privé serait en effet susceptible de déclencher une crise politique et sociale au sein de ce secteur habitué à bénéficier de la générosité quasi inconditionnelle de son Gouvernement!

L’investissement partout et à tout prix est ainsi devenu le mode de fonctionnement d’un pays qui ne cesse de construire des usines et d’accumuler des stocks sans perspective clairement définie de rentabilité future. Il est vrai que les autorités régionales de cet immense pays n’hésitent pas à soutenir des projets peu viables afin de promouvoir les entreprises locales, tout en faisant usage si besoin était de manipulations comptables, afin d’embellir leurs statistiques de production et se distinguer au niveau national… dans le but d’obtenir en retour encore plus de subventions.

Le fait est que les chiffres du P.I.B. de la Chine sont bien plus redevables à sa production industrielle qu’à la vente de ces mêmes produits manufacturés dans un environnement politique o๠les autorités se gardent bien de divulguer ceux de ses projets qui ont été annulés ou ceux qui ont échoué. Ce faisant, elles ne font que retarder un désastre qui semble inévitable.