Pourquoi le monde a besoin d’une Chine mure et responsable

November 29, 2009 0 By Michel Santi

Le couple Etats-Unis/Chine, intronisé G-2, qui recouvre 13% de la surface du globe et qui regroupe le quart de la population terrestre, a fourni le tiers de la production économique et les deux-cinquièmes de la croissance mondiale entre 1998 et 2007! Ce couple, parfaitement complémentaire jusque là , a favorisé le développement accéléré de la Chine via ses exportations tout en comblant l’appétit d’hyper consommation des Etats-Unis.

Quadruplement du P.I.B. et multiplication par cinq des exportations chinoises entre 2000 et 2008 d’une part, maintien aux USA de taux d’intérêts réduits favorisant une croissance et un investissement au-dessus de la moyenne d’autre part, cette configuration astrale a ainsi autorisé l’exportation de la technologie Occidentale, la création de dizaines de millions d’emplois chinois, l’intensification du commerce mondial et l’envol des actifs financiers et immobiliers à travers le monde… Pour autant, les tourmentes actuelles démontrent le besoin impérieux de ré équilibrer, de nuancer – voire d’introduire un troisième partenaire – dans ce couple dans le but de corriger des déséquilibres économiques entre les Etats-Unis et la Chine fondamentalement responsables du déclenchement de la plus grave crise depuis la Grande Dépression.

Classique au départ en cela qu’il imitait l’Allemagne et le Japon ayant adopté après la seconde Guerre Mondiale une stratégie simple de forte croissance emmenée par un secteur des exportations extrêmement dynamique, le modèle Chinois s’est néanmoins très vite singularisé par l’exercice d’un contrôle volontariste et permanent sur la parité de sa devise nationale. Cette politique qui consistait pour la Chine, à mesure de l’accroissement de ses exportations, à acheter (et donc à accumuler) des Dollars Américains afin d’empêcher l’appréciation de son Renminbi, lui a permis de se constituer un trésor de guerre gigantesque. De 165 milliards de dollars en 2000, les réserves en devises chinoises se montent aujourd’hui à l’équivalent de 2’300 milliards de dollars, dont 70% sont libellées dans la monnaie Américaine!

La chronologie de la fluctuation du Renminbi par rapport au billet vert étant effectivement quasiment linéaire, le Dollar s’est ainsi échangé en permanence contre 8.28 Renminbis depuis le milieu des années 80 jusqu’à ce que les autorités chinoises lui permettent de s’apprécier de 17% à partir de l’été 2005 … pour l’indexer à nouveau à la monnaie US à 6.83 à la faveur de l’aggravation de la crise mondiale en 2008. Ces manipulations monétaires offrant à la Chine une compétitivité commerciale incontestable en favorisant ses exportations grâce à une monnaie faible tout en procurant de solides réserves en devises étrangères à même de protéger le cas échéant un pays échaudé par la crise Asiatique de la fin de la décennie des années 90…

En réalité, ces interventions monétaires – ayant comprimé les taux d’intérêts à court et à long terme tout en favorisant bien-sà»r l’émergence de bulles – offraient une ligne de crédit quasi gratuite consentie par la Chine aux consommateurs Américains qui, dès lors, pouvaient vivre au-dessus de leurs moyens tout en cédant à une frénésie d’investissements boursiers et immobiliers! Cette accumulation forcenée de dollars par la Chine ayant induit des distorsions majeures sur le coà»t du capital n’avait en effet aucun précédent puisque les réserves en Dollars de l’Allemagne de l’Ouest et du Japon, au mieux de leur forme à la fin des années 60, s’étaient toujours maintenues en proportion de leur P.I.B. respectif.

Aujourd’hui, ce couple bat sérieusement de l’aile car, tandis que les Américains prennent conscience qu’ils devront plus économiser (donc moins consommer) tout en s’adaptant à un environnement o๠le crédit sera plus difficile, les Chinois, qui savent qu’ils devront moins compter sur le marché Américain, se retrouvent pourtant avec angoisse bardés de réserves monétaires pharaoniques (avec une exposition et donc un risque) majoritairement libellées en dollars… Les Etats-Unis ont bien compris que, pour durer, cette union devait se reconstruire rapidement sur d’autres bases qui, à la faveur d’une ré évaluation du Renminbi, permettraient une amélioration des exportations US en direction de l’économie qui bénéficie aujourd’hui de la plus forte croissance au monde tout en évitant un désastre annoncé au niveau des échanges commerciaux internationaux.

Aujourd’hui, la dépréciation substantielle du dollar qui ne baisse toutefois que vis-à -vis de l’Euro et du Yen Japonais (du fait du maintien de l’indexation figée du Renminbi au dollar) amplifie les tensions internationales en conférant un avantage supplémentaire aux exportations de la Chine qui voit sa monnaie baisser en même temps que le billet vert! Le poids de cette dépréciation de la monnaie US (et du Renminbi!) principalement – et injustement – assumé par les nations hors du bloc Américain et Chinois provoque d’ores et déjà des décisions protectionnistes de certaines nations majeures potentiellement catastrophiques pour la croissance mondiale. C’est ainsi qu’il convient effectivement de comprendre la taxation tout récemment décidée par le Brésil de tous les influx de capitaux afin de freiner l’appréciation du Réal.

Les ondes de choc à venir – qui se ressentiront mondialement – induites par les manipulations monétaires chinoises qui maintiennent leur devise à un niveau notoirement sous évalué peuvent toutefois être évitées si la Chine décidait de laisser le Renminbi s’apprécier de quelque 25% ces deux prochaines années. Les grands pays exportateurs sont en effet toujours parvenus à surmonter l’appréciation de leur devise nationale en faisant progresser leurs gains en productivité. Après tout, le Deutschmark et le Yen n’ont-ils pas progressé de respectivement 60% et 50% vis-à -vis du Dollar entre 1960 et la fin des années 70?

L’indexation actuelle du Renminbi au billet vert, qui défavorise manifestement les Etats-Unis, demande à être équilibrée – voire abandonnée à terme – par la Chine … à condition bien-sà»r que les Etats-Unis aient des compensations dignes de ce nom à lui offrir.