Les contes de la crise

October 10, 2009 0 By Michel Santi

L’augmentation sans précédent de la Masse Monétaire aux Etats-Unis du fait des baisses de taux quantitatives nourrit des craintes certes justifiées d’un retour brutal du contexte inflationniste. Pour autant, la seule augmentation de la base monétaire n’est pas, à elle seule, suffisante pour déclencher le feu de l’inflation car il convient – comme dans tout marché traversé de flux – d’analyser l’interaction entre l’offre de liquidités et sa demande…

A cet effet, Milton Friedman avait bien résumé cette équation en expliquant que ” l’inflation est toujours et partout un phénomène monétaire ” qui n’est pas nécessairement générée par une augmentation de la Masse Monétaire. Friedman accordait ainsi une importance aux seuls soldes de monnaie en circulation après avoir tenu compte de la demande et de l’usage fait de cette même monnaie : C’est donc les déséquilibres monétaires qui débouchent sur une situation inflationniste tout comme c’est l’excès de monnaie en circulation – bien plus que l’augmentation de la Masse Monétaire isolée de son contexte – qui provoque une hausse des prix. L’inflation étant donc toujours et partout la résultante d’un déséquilibre monétaire.

Par ailleurs, le phénomène déflationniste est lui aussi mal appréhendé d’une manière générale : Incarnant trop souvent le mal ultime et absolu, la déflation s’avère toutefois un traitement de choc nécessaire pour corriger les excès des diverses bulles secrétées par notre système financier. Lutter contre elle ne sert souvent qu’à prolonger l’agonie tout en creusant les déficits publics à l’image de la mort à petit feu de l’économie japonaise lors de la décennie perdue. Au demeurant, le parallèle entre le Japon de 1989 et les Etats-Unis de 2009 est troublant : A la suite du traumatisme généré par la conflagration d’une bulle, la montée en puissance de l’épargne privée fut obligatoirement compensée par une ascension vertigineuse des dépenses d’un Etat qui, grâce à la multiplication des émissions obligataires, prenait la relève afin d’empêcher l’économie de chavirer. Le tout dans un contexte de système bancaire en mal d’inspiration qui se contentait de la routine bien rassurante des achats massifs de Bons du Trésor émis pas son pays de tutelle…

En pleine phase de déni, les autorités US ne pouvant quant à elles tabler sur un secteur des exportations ayant évité au Japon le naufrage total devront soit se résoudre à laisser les créances douteuses et autres mauvais investissements disparaà®tre sous le poids de la sélection Darwinienne des marchés soit contraindre les Banques à prêter aux acteurs de l’économie. Alors que le contre exemple nippon est la preuve vivante que l’intervention Etatique ne peut prévenir à la longue le dégonflement de la baudruche constituée par les actifs contaminés, les établissements de crédit Américains ne subissent par ailleurs aucune pression les forçant à accorder des crédits par un Ben Bernanke dont l’obsession se révèle être la solvabilité de ses Banques au détriment hélas de l’économie réelle…Etablissements de crédit et Banques Zombies bénéficient ainsi d’un traitement équivalent de la part d’une Réserve Fédérale US qui semble confuse.

Dans ces conditions, la formidable appréciation des Bourses Américaines – redevable certes en partie aux océans de liquidités ( par nature inflationnistes ) déversés en direction du système financier – ne pourrait-elle tout aussi bien être attribuée à la dépréciation généralisée des actifs Américains du fait de la déflation rampante?

De fait, les Bourses aux Etats-Unis ont progressé de quelque 12% depuis début Juin pendant que le rendement du Bon à 10 ans déclinait d’environ 80 points de base jusqu’aux environs des 3.10%. Concentré sur le long terme, le marché obligataire raconte ainsi une histoire déflationniste fort divergente par rapport aux contes dont se berce un marché boursier – dont l’horizon d’investissement ne dépasse guère le trimestre ou le semestre – qui mise, lui, sur la reflation de l’économie. Les marchés Boursiers et Obligataires US ayant divergé notablement en quatre occasions ( Eté 1987, Automne 1994, Eté 1998, Hiver 2000 ) ces vingt dernières années, les statistiques privilégient la version du marché obligataire – qui prévoit pour demain un monde dominé par la déflation – car l’expérience a finalement démontré un alignement du marché Boursier sur le marché Obligataire…