L’Empire de l’Illusion

November 16, 2008 0 By Michel Santi

La Réserve Fédérale américaine ne représente pas l’Etat Fédéral ou l’intérêt public mais les puissants établissements bancaires de Wall Street qui en sont les vrais propriétaires. Elle imprime la monnaie du pays, en contrôle l’approvisionnement et émet des prêts dont les intérêts sont assumés par le Gouvernement Fédéral qui n’aurait pas à les payer si la Trésorerie Fédérale disposait de ce privilège d’émission de billets et autres bons du Trésor…En conséquence, les impôts payés par le contribuable américain sont majorés de la charge relative à la dette Fédérale.

Grand-Prêtre auprès de cette Réserve Fédérale du 11 Aoà»t 1987 au 31 Janvier 2006, Alan Greenspan a défendu avec constance les intérêts de ce cartel bancaire. Lors de la décennie précédente, sa servilité a ainsi largement contribué à créer la bulle boursière la plus spectaculaire de l’histoire déclarant ainsi en Janvier 2000 que “l’économie américaine bénéficiait d’une accélération de l’innovation qui n’arrive qu’une fois tous les cent ans, laquelle innovation a propulsé la productivité, les profits des entreprises et les capitalisations boursières à des niveaux sans précédents depuis des générations…l’appréciation des valeurs boursières ayant contribué à réduire le coà»t du capital…et je ne vois pas ce qui pourrait remettre en cause cette situation à l’avenir.”

Quelques jours plus tard, l’indice NASDQ atteignait son pic historique de 5048 pour plonger par la suite de 78% jusqu’à Octobre 2002. Quant à l’indice Standard & Poors, il fondait de près de 50% entre Mars 2000 et Octobre 2002! L’investisseur privé ne comprenait pas le tsunami qui s’abattait sur lui et Dr. Greenspan préparait déjà la prochaine bulle en rabaissant les taux d’intérêt à 1% et en enivrant l’économie par l’argent facile…

Ardent avocat d’une régulation minimaliste, Greenspan tenait pour acquis que l’intervention de la puissance publique constituait un problème – voire un danger. ” Les risques inhérents aux marchés financiers, y compris aux marchés des dérivés, sont supervisés par les établissements privés. Aucune réglementation de l’Etat Fédéral ne pourra jamais être supérieure à la régulation du marché”, dixit Alan Greenspan face au Congrès dans les années 90.

Un secteur financier qui croule sous l’argent facile est-il seulement en état d’esprit d’organiser sa propre réglementation?

Confiant en l’avenir à la fin d’une décennie que le Professeur James Petras avait qualifié d’ “âge d’or du pillage “, dans un discours devant la Futures Industry Association, Greenspan mettait en garde vis-à -vis de l’ “erreur majeure ” qui consisterait à durcir les normes bancaires dans le cadre de l’évaluation des risques des produits dérivés. Je le cite : ” L’évènement de loin le plus significatif de la finance cette dernière décennie a été le développement et l’expansion extraordinaires des dérivés financiers. Ces nouveaux instruments financiers sont un véhicule important permettant de réduire le risque…la valeur ajoutée de ces dérivés provient de leur capacité à produire de nouvelles richesses.”

Comment Greenspan pouvait-il pourtant ignorer que, les produits dérivés étant un instrument idéal dans des marchés haussiers, ils se transforment en cauchemar dès lors que les marchés se renversent dans ce qui est très loin d’être un jeu à somme nulle…?

Ce 23 Octobre dernier face aux Parlementaires de son pays, Greenspan ne comprenait toujours pas ce qui avait mal tourné car cette politique économique et financière ” avait fonctionné si efficacement pendant près de quatre décennies “…La réponse est pourtant évidente : L’erreur fondamentale fut d’avoir incité les financiers à prendre toujours plus de risques.

Vers la fin de son mandat, il s’extasiait face à la forte appréciation du marché immobilier américain, “signe de prospérité et d’une économie solide ” et prévoyait que cette hausse des valorisations immobilières serait “permanente”! Ignorant les fraudes et abus liés aux subprimes, Greenspan assurait en 2004 que ” les consommateurs américains seraient bénéficiaires si les prêteurs leur mettaient à disposition des produits alternatifs autres que le traditionnel prêt à taux fixe “…

Est-il nécessaire de rappeler l’implosion de cette autre bulle dont la valorisation avait atteint au plus haut 8’000 milliards de dollars? Greenspan s’est plu à encourager la boulimie du marché, provoquant ainsi une indigestion dans son pays et dans le reste du monde.

Marx confiait dans une lettre adressée à Engels que ” le crack américain était un plaisir et était loin d’être terminé”, se référant à la panique ayant sévi en…1857!

L’indice Dow Jones avait perdu 89% de sa valorisation entre Octobre 1929 et Juillet 1932. Les conditions aujourd’hui ne sont certes – toujours pas – aussi dramatiques mais un phénomène fondamental est en train de se produire sous nos yeux, une complète re valorisation de l’intégralité des actifs de ce monde. Et les conditions économiques poursuivront leur irrésistible dégradation avant qu’une embellie ne soit à l’ordre du jour.