Attention Chefs d’Etat : Le sommet du 15 Novembre sera aussi celui de la dernière chance !

November 8, 2008 0 By Michel Santi

Durant l’été 1933 et alors que les gouvernements américains et britanniques sont sur le point de perdre le contrôle de la situation, un sommet international est organisé à Londres, sommet qui se solde toutefois par un échec pitoyable, entraà®nant dans son sillage l’effondrement des économies US et allemandes qui devaient se contracter de 50% dans les années à venir. Les années suivantes seront alors dominées par un chômage atteignant progressivement le tiers de la masse salariale des pays développés et devant se maintenir à des niveaux records – à deux chiffres – pendant plus de dix ans par la suite…

L’échec retentissant de ce sommet inaugure ainsi une traversée du désert pour les économies développées et, de fait, l’embellie devra attendre onze ans avec les fameux accords de Bretton Woods en 1944. Bretton Woods présidera à une reprise durable de la croissance et à une période de prospérité sans précédent notamment du fait de la redéfinition d’un tout nouveau système de coopération économique internationale. A l’issue du sommet de Bretton Woods, John Maynard Keynes qui en était un des piliers, pouvait – à juste titre – s’émouvoir et en attribuer le succès à “un grand sens de la responsabilité” de tous les participants…

Mesdames et Messieurs les chefs d’Etat et de Gouvernements qui vous réunissez le 15 Novembre pour un G 20 que certains – d’entre vous – n’hésitent pas à qualifier de “nouveau Bretton Woods”: Le moment est venu de faire preuve de leadership faute de quoi notre monde est parti pour une – très longue – traversée du désert! Or, des sons de cloche discordants se font d’ores et déjà entendre, les Européens souhaitant que ce sommet se tienne symboliquement à New York afin d’être “proche de là o๠tout a commencé ” alors que les autorités US préfèrent Washington…De même, comment ne pas observer les tonalités fondamentalement divergentes entre le Président Bush qualifiant ce sommet de nécessaire afin que cette “crise ne se répète plus” et les Européens qui, pour leur part, prétendent révolutionner en une séance le système capitaliste jusque dans ses fondements ?

Les racines de la crise dépassent pourtant de très loin le simple cadre d’établissements bancaires américains ayant accordé des prêts hypothécaires à des propriétaires de maison non solvables…L’épicentre de ce cataclysme réside dans cet océan d’argent facile et à bas prix qui a inondé toutes les économies développées, abattant avec lui toutes les digues du bon sens, pour aller se loger dans une bulle dont l’explosion éclabousse le monde entier aujourd’hui! Votre responsabilité, Mesdames et Messieurs les chefs d’Etat et de Gouvernements, – particulièrement du G 7 -, est immense car des années durant vous êtes-vous égarés en palabres et en conciliabules stérils dans le but de résorber les profonds déséquilibres caractérisant nos économies globales! N’avez-vous pas au contraire favorisé cette dérégulation et ouvert les vannes de ce déluge de liquidités avec un résultat tangible incontestable : l’accroissement des inégalités ?

Le point culminant de mauvaise répartition des revenus au siècle dernier aux Etats-Unis était survenu en…1928 car cette année là 5% de la population du pays maà®trisait un tiers de ses revenus! Saviez-vous que cette prospérité économique et financière ne profitant qu’à une élite atteignait des niveaux équivalents en…2006 o๠5% de la population bénéficiait de 39% du revenu national? En effet, après avoir stagné autour de 23 à 25% pendant plus de trois décennies après 1945, les inégalités s’accentuèrent à l’orée des années 80 et pas seulement aux Etats-Unis car les chiffres articulés ci-dessus peuvent être grosso modo appliqués à bien des pays d’Europe de l’Ouest…

Retenez à cet effet la leçon de l’économiste John Kenneth Galbraith qui mettait à juste titre en garde vis-à -vis des économies, nécessairement instables et volatiles, dont la croissance ne repose que sur la prospérité d’un petit nombre – prompt à fermer le robinet de la dépense et de l’investissement dès lors qu’il accumule les pertes. Galbraith – qui reconnaissait certes que les plus nantis avaient le plus souffert de la Grande Dépression – évoquait une structure pyramidale o๠les plus fortunés – forcément au sommet de la pyramide – détenant entreprises de travaux publics, de biens et services, etc… – se révélaient progressivement dans l’incapacité d’honorer leurs dettes gigantesques car les entreprises dont ils étaient propriétaires ne pouvaient plus leur faire remonter des dividendes. En conséquence, ces entreprises cessaient tous types d’investissements, contribuant ainsi à accélérer la récession! Le brusque retournement du marché immobilier américain rappelle étrangement cette configuration pyramidale du fait de la remontée de ces faillites immobilières vers le système financier o๠des obligations, papiers-valeurs et autres titres totalisant des milliards de dollars ont, du jour au lendemain, perdu leur valeur intrinsèque…

Est-ce grâce à votre intervention tant attendue que nos banquiers centraux – et particulièrement la BCE – se sont enfin affranchis du sacro-saint dogme de la lutte contre l’inflation à tout prix ? Le nouveau round de réductions massives de taux d’intérêts survenu entre la semaine dernière et hier ( la Banque d’Angleterre ayant été jusqu’à baisser les siens de 1.5% d’un coup! ) démontre, à l’évidence, que ce dogme procurait à nos sociétés occidentales développées un faux sentiment de sécurité! Pour autant, nos banquiers centraux seraient-ils sur le point de sombrer dans l’excès contraire à présent que le crédit se fait rare et difficile? Mesdames et Messieurs les chefs d’Etat et de gouvernements, vous ne pourrez plus à l’avenir vous contentez de sous traiter vos politiques monétaires respectives à des équipes de techniciens n’ayant aucun compte à rendre aux électeurs!

L’absence de toute politique financière responsable et digne de ce nom a permis, année après année, de vivre nettement au-dessus de nos moyens, volant en quelque sorte au futur sa prospérité propre. A présent, ce futur est là …