Vent de suspicion sur Wall Street

September 25, 2008 0 By Michel Santi

Un vent de suspicion souffle sur le secrétaire d’Etat US au Trésor Paulson accusé d’avoir préparé à la hâte le fameux plan de sauvetage des institutions financières de son pays sans avoir été préoccupé par donner un prix aux actifs que le contribuable américain est sur le point d’acquérir…M. Paulson serait-il uniquement soucieux de sauver le système financier – dont il est lui-même issu – au mépris des deniers publics?

L’administration américaine est sur le point de dépenser 700 milliards de dollars pour acquérir des investissements impossibles à valoriser. En effet, ces créances dont nul ne veut, à part la Trésorerie et la Réserve Fédérale US, risquent fort d’être payées au prix fort par le contribuable et ce au seul bénéfice des établissements financiers qui les détiennent…Chacune de ces créances, chacun de ces investissements lié à des centaines – parfois à des milliers – d’hypothèques est d’autant dur à évaluer que sa valeur risque encore de s’affaiblir à mesure que le marché immobilier US s’enfonce dans le marasme. Ainsi, pendant que les actions sont cotées dans un marché transparent qui est le marché boursier, les investissements subprimes, eux, font l’objet de transactions dites “de gré à gré”, soit de transactions opaques dont le prix est uniquement déterminé par un acheteur et par un vendeur dans le cadre d’une conversation téléphonique!

Dans ces conditions, le gouvernement fédéral des Etats-Unis compte-t-il se porter acquéreur de ces investissements au prix o๠ils sont évalués dans le bilan des banques? L’extrême fragilité du secteur bancaire semble ne lui laisser aucune autre alternative car une vente de ces actifs à des prix inférieurs entamerait sérieusement le capital des banques…Il y a donc fort à parier que les établissements candidats à la cession de leurs investissements au gouvernement seront aussi les établissements heureux propriétaires des créances les plus “toxiques “…

Par ailleurs, s’il est vrai que ce plan à 700 milliards est incontournable, il serait aussi susceptible de précipiter les banques dans une tourmente pire encore. En effet, certains de ces établissements porteurs de ces investissements pourraient être purement et simplement déclarés en faillite dès lors qu’ils tenteraient de valoriser ces créances à céder au gouvernement américain…précisément du fait du décalage immense entre la valeur bilan de ces investissements et la valeur de cession de ces mêmes investissements à la Trésorerie américaine. Ainsi, ironie suprême, la tentative de valoriser ces créances douteuses et d’apporter un peu de transparence à ces investissements pourrait précisément mettre en lumière l’état de banqueroute virtuelle de ces institutions financières qui, actuellement, ne sont pas menacées de faillite car propriétaires d’actifs dont la valeur réelle est dissimulée…

On le constate, la structure de ces subprimes est d’une telle complexité que même les responsables US au plus haut niveau ont le plus grand mal à démêler cet écheveau inextricable. Et pourtant, ce plan à 700 milliards sera certainement adopté. En fait, Wall Street a fait au citoyen américain une offre qu’il ne pourra pas refuser!