Et pourtant il tourne !

Et pourtant il tourne !

November 24, 2020 0 By Michel Santi

 

Le keynésianisme fonctionne! Il nous aide à comprendre la crise économique et financière européenne, il nous en indique clairement les motifs et met en évidence les responsabilités. Idem pour les rares succès figurant au palmarès des politiques économiques mises en place en Europe depuis le déclenchement du psychodrame, toutes redevables au keynésianisme. Ceux qui, stigmatisant des taux d’intérêt proches du zéro, prévoyaient les foudres de l’hyper inflation sont en effet bien silencieux aujourd’hui… Le “whatever it takes” lui-même asséné par Mario Draghi en été 2012 constitue du reste la plus belle des professions de foi keynésienne selon laquelle la BCE n’hésiterait pas à activer généreusement sa planche à billets dès lors qu’il s’agirait de sauver l’euro !

Il n’est pas jusqu’au déclenchement même de la crise européenne que la théorie keynésienne basique n’ait vu venir. Comment en effet mener à bien une union monétaire dont les pays membres seraient nécessairement (un jour ou l’autre) confrontés à des chocs asymétriques, pour avoir perdu le contrôle sur leur politique monétaire? En faisant tout bonnement appel à l’outil keynésien par excellence, à savoir une politique contre cyclique … qui ne fut évidemment pas mise en chantier par des Etats européens incapables d’alourdir la fiscalité et d’intensifier la régulation dans une conjoncture de forte croissance économique.

Tout peut donc être expliqué à l’aune du prisme keynésien, entre autres cette absence de mesures contre cyclique qui devait conduire à une demande, à une consommation et à des investissements excessifs en Europe périphérique. Avec, à la clé, une inflation dont les effets immédiats furent une détérioration de sa compétitivité, dans un contexte où l’honneur était sauf puisque les sacro-saints critères du Pacte de Stabilité étaient respectés. Anesthésiés par l’euphorie ambiante, les dirigeants de l’époque ne se rendirent évidemment pas compte que leurs excédents n’étaient que la résultante de leurs bulles spéculatives, et que leurs soldes comptables (comme leur respect des critères des 3% et des 60%) étaient bien plus le signal d’une boulimie maladive que d’une saine gouvernance.

Pendant que l’Allemagne – stigmatisée alors comme étant l’”Homme malade de l’Europe” – creusait irrémédiablement l’écart du haut de son dumping salarial en profitant d’une inflation élevée chez ses voisins, tandis qu’elle mettait tout en oeuvre pour la comprimer chez elle. La recette pour se tailler – dans le cadre d’une union monétaire – la part du lion en termes de compétitivité? Maintenez dans votre pays une inflation très basse et encouragez les poussées inflationnistes chez vos voisins…

Comment expliquer à cette Allemagne qui exerce depuis plus de dix ans une intense pression sur la BCE visant à réduire encore et toujours sa tolérance à l’inflation, que le propre d’une union monétaire est d’abord d’avoir un objectif d’inflation qui soit commun à tous les pays membres ? Et comment expliquer les écarts de compétitivité flagrants entre Nord et Sud autrement que par ces écarts d’inflation ?

Si, à mesure de l’aggravation de la crise, l’austérité généralisée imposée en Europe ne fut pas prévue par les keynésiens, c’est qu’elle constituait une authentique aberration en regard de tous les fondements économiques, financiers et rationnels… qui devait logiquement se conclure en une seconde récession – celle de 2012 – et par la déflation – celle d’aujourd’hui! Pour autant, que leur faut-il, aux ennemis haineux du keynésianisme, pour enfin reconnaître leur échec? Encore plus de chômeurs, de pauvreté, d’inégalités et d’abus perpétrés par le monde de la finance?