Pour les américains, c’est faites ce que je dis mais pas ce que je fais

Pour les américains, c’est faites ce que je dis mais pas ce que je fais

January 8, 2017 0 By Michel Santi

L’ “Institute for Politics and Strategy” de l’Université Carnegie-Mellon aux Etats-Unis a tout récemment publié une note analysant les différentes manipulations américaines d’élections étrangères. L’Exécutif US est en effet intervenu une centaine de fois depuis 1946 sur des scrutins hors de ses frontières nationales, le plus souvent à la faveur d’opérations en sous-main effectuées par la CIA, depuis leur succès remporté lors des élections Présidentielles aux Philippines dans les années 1950 à la révélation d’informations ayant nui aux Sandinistes Marxistes à l’occasion des élections de 1990 au Nicaragua. Au total, c’est des élections au sein de 45 pays différents que les gouvernements successifs américains ciblèrent tout au long de ces années, y compris au sein de nations Occidentales considérées «alliées» comme le Japon et l’Italie, où c’est pas moins de quatre élections distinctes dans chacun de ces pays qui subirent l’influence directe des services américains. Et comment oublier l’époque récente ponctuée d’interventions US à répétition dans les élections en Ukraine, au Kenya ou en Afghanistan?

Que ce soit en faisant appels à tous les outils offerts par la propagande, à la désinformation, à la création de matériels publicitaires pour leurs candidats préférés, à l’assistance financière ou au contraire à l’interruption de toute aide financière, aux menaces proférées à l’encontre des candidats honnis ou au contraire aux éloges dithyrambiques en faveur du candidat coopté, les américains n’ont jamais lésiné à la dépense ni aux efforts dès lors qu’il était crucial à leurs yeux de faire pencher la balance en faveur d’un candidat ou d’un parti. Le coup de pouce décisif prenant souvent la forme de livraison directe et en bonne et due forme de sommes importantes en cash pour peser sur des élections comme au Japon, en Italie, au Liban, ou encore à Malte en 1971 où c’est carrément toute l’économie de la petite île qui fut inondée de liquidités afin de soutenir le pouvoir en place et ainsi faciliter sa ré élection. Pour autant, nous n’avons pas encore évoqué les expéditions militaires et autres opérations spéciales ayant pour objectif de déposer un pouvoir légalement élu mais ne convenant toutefois pas aux autorités US, à l’instar de la destitution de Mohammad Mosaddeq, démocratiquement élu Premier Ministre de l’Iran en 1953 mais qui fut renversé par un simulacre de coup d’Etat orchestré à partir de Washington…ou de Langley. Est-il nécessaire de remettre sur le tapis le Chili des années 1960 ayant favorisé Pinochet et condamné à l’assassinat un Allende démocratiquement élu? Ou Haïti des années 1990 et les liens étroits entretenus entre les services secrets américains avec les cartels de la drogue? Et enfin, grandiose ironie, la participation active et déterminante des Etats-Unis dans l’élection de Yeltsin en 1990?

Dès lors, comment ne pas sourire au tumulte gigantesque suscité et porté à une échelle planétaire par l’administration US face aux allégations de cyber attaques russes ayant abouti à l’élection de Donald Trump? Ou à la dramaturgie de l’expulsion des diplomates russes en guise de mesures de rétorsion? Car c’est bien les Etats-Unis –bien plus que la Russie et que tout autre pays au monde- qui ont un long et lourd passif d’ingérence, de sang versé et de vies humaines sacrifiées au cours d’interventions et de manipulations d’élections démocratiques hors de leurs frontières.