La prospérité des nations

La prospérité des nations

June 17, 2021 17 By Michel Santi

La démographie modèle sur le long terme les destinées d’une nation, et agit en même temps comme un révélateur de l’humeur actuelle de ses citoyens. Ayant aboli en 2016 le régime de l’enfant unique pour encourager ses familles à en concevoir un second, les autorités chinoises tolèrent même aujourd’hui en douce un troisième enfant au sein de certaines régions en mal de peuplement. Il est, cependant, quasi impossible de renverser sur le court et sur le moyen terme les tendances démographiques. Parfaitement consciente de cette faiblesse structurelle de son économie, la Chine mise de plus en plus sur l’automatisation afin de pallier à cette érosion progressive de sa masse salariale, mais l’accélération de la robotisation dans un contexte de déclin démographique est un défi complexe.

La Chine semble donc avoir atteint le pic de sa puissance et ce phénomène d’affaissement risque fort de s’étaler tout au long de ce siècle car (selon l’ONU) la quantité de ses citoyens en âge de travailler sera divisée par deux à l’horizon 2100, tandis que le nombre des travailleurs et salariés américains augmentera de 15% sur la même période et selon les mêmes sources. La Chine ne peut être sauvée de cette mauvaise passe séculaire que grâce à un miracle de productivité qui reste hypothétique, à l’instar de celui dont elle jouit au début des années 2000. Ou par une ouverture franche et par une politique d’apaisement qui sont pourtant à l’antithèse de sa posture actuelle.

Car c’est la paix qui a permis à ce pays d’assurer à ses citoyens un niveau de vie n’ayant fait que croître depuis la fin des années 1970, à la faveur de l’avènement du grand Deng Xiaoping qui a rompu le cycle de violence, d’instabilité, voire de chaos, démarré près de 150 ans plus tôt et s’étant clôturé avec la disparition de Mao. Ce sont la coopération et la recherche de compromis au niveau international conjuguées à son besoin de détente qui ont œuvré pour que l’économie chinoise se hisse de 10% de l’économie US vers 1995 à 66% après 25 ans. Les dirigeants chinois commettraient une faute monumentale s’ils croyaient que cette progression fulgurante est un fait acquis, et que (pour paraphraser Khrouchtchev) l’Histoire est de leur côté. «Que vous le vouliez ou non, nous vous enterrerons», avertit-il des journalistes occidentaux en 1956 quand les faits semblaient lui donner raison puisque le P.I.B. soviétique était passé de 30 à 60% de l’économie américaine en 25 ans, dès la fin de la seconde guerre mondiale. Jusqu’à ce que ce boom ne s’avère un mirage ayant vu la lente mais sûre descente aux enfers de l’économie de l’URSS dès la fin des années 1970, en partie provoquée par son irrémédiable déclin démographique redevable à une perte de confiance de ses citoyens dans son système.

Que les chinois – qui sont subtils et perspicaces – se rendent compte que de telles tendances sont très dures à combattre car les pays antan sous domination soviétique sont toujours un champ de ruines et les revenus de ces populations (Russie comprise) atteignent même aujourd’hui difficilement le tiers des revenus des américains. Les Etats-Unis doivent leur «success story» à une immigration de brillants cerveaux, à une libéralisation des échanges et à une volonté (souvent maladroitement traduite dans les faits) de créer un monde meilleur pour eux et pour les autres pays. Quoiqu’il en soit, les nations prospèrent ou se plantent le plus souvent à cause d’elles-mêmes.