A qui profitent les QE ?

A qui profitent les QE ?

February 28, 2015 0 By Michel Santi

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L’écrasante majorité de l’argent en circulation n’est pas créé par les banques centrales, mais par les établissements bancaires privés. En outre, les déficits publics augmentent mécaniquement la masse d’argent qui irrigue l’économie. Seule et une coopération entre l’Etat et les banques aboutit donc à une combinaison favorable à l’économie, grâce à la courroie de la création monétaire. Quant à la banque centrale, si son rôle traditionnel est surtout de faciliter et d’encadrer le trafic des paiements, ses programmes de baisses de taux quantitatives – les “QE” – ne font que rendre leur argent aux détenteurs des Bons du Trésor, contribuant ainsi à gonfler davantage les réserves bancaires. De ce point de vue, les QE ne sont vraiment pas une garantie de succès, ni un gage de relance de l’économie, car ce n’est à l’évidence pas l’accumulation de leurs réserves qui conduira les banques à consentir plus de financements. Dit autrement et crûment: ce n’est pas l’argent rendu aux riches qui les motivera ni les persuadera de le réinjecter ou de le distribuer en faveur des agents économiques.

Ce n’est pas non plus en remplaçant une valeur sûre (un Bon du Trésor) par un autre actif sûr (les liquidités) que la banque centrale stimulera la consommation. Ce n’est donc pas la baisse des rendements des dettes souveraines (conséquence directe des QE) qui agira efficacement sur la relance de la croissance. Ce n’est pas plus la chute de la monnaie nationale (autre conséquence ds QE ) qui autorisera la consommation intérieure. Elle aurait certainement un effet largement positif sur les exportateurs, mais serait également susceptible d’induire la stagnation, et même la récession, par l’augmentation des prix à l’importation. En réalité, l’identité des destinataires de l’argent créé par les QE est tout aussi cruciale que la manière dont cet argent est créé. A cet égard, les QE ne sauraient remplacer, comme ils ne seront jamais aussi efficaces (du point de vue de la vélocité de la Masse Monétaire), que la dépense publique directe de la part de l’Etat.

Car les mesures de relance et de stimuli budgétaires et fiscaux sont bien plus favorables que les QE dans le cadre d’une crise affectant sévèrement la demande agrégée. En effet, le facteur multiplicateur du déficit public est autrement plus significatif que celui des baisses de taux quantitatives. Selon la même logique, la politique monétaire menée par la banque centrale – tout aussi laxiste fût-elle – ne neutralise en rien les effets dévastateurs (pour l’économie) de la consolidation fiscale – c’est-à-dire la rigueur budgétaire – entreprise par les gouvernements. Comme il n’y a aucun substitut à la dépense publique en période de crise, il est temps d’arrêter cette fixation obsessionnelle envers les déficits publics.