La Grèce doit se déclarer en faillite

April 4, 2010 0 By Michel Santi

Les raisons invoquées de la déroute grecque sont toutes valables les unes comme les autres. De l’argent facile mis à sa disposition au début des années 2000 (sous l’impulsion des Etats-Unis de Greenspan) lui ayant permis de financer son immense secteur public à la corruption de sa bureaucratie ayant falsifié ses statistiques officielles et à des recettes étatiques insignifiantes du fait d’une évasion fiscale chronique en passant par un ralentissement économique mondial ayant précipité la conflagration… Toujours est-il que la Grèce est aujourd’hui de facto en situation de faillite.

Son endettement de l’ordre de 300 milliards d’Euros (détenu principalement par l’étranger) et son déficit budgétaire annuel de 13% (par rapport à son P.I.B.) aggravent jour après jour une détresse qui la contraint à reporter continuellement l’échéance de ses remboursements en s’endettant encore plus! Sur la seule année 2010, la Grèce en est ainsi réduite à quémander quelque 50 milliards d’Euros à un marché qui fait graduellement monter les enchères via une hausse des taux d’intérêts. Ses dirigeants tentent certes de convaincre les prêteurs de réduire leur prime de risque (c’est-à -dire ces taux d’intérêts) par des mesures d’austérité visant à résorber progressivement les déficits publics mais les implications sociales et politiques risquent d’y être explosives.

De la mise en place de nouveaux impôts au relèvement de taxes déjà existantes, de l’allongement de l’âge de la retraite aux coupes dans les services publics, de la réduction des salaires à la remise en question du niveau des retraites de ses fonctionnaires, le Gouvernement Grec peut certes – au moins sur le papier – réaliser des économies sur le dos de sa population car il emploie 25% des salariés du pays et 40% de son P.I.B. est généré par son secteur public… Pour autant, le citoyen grec moyen – ou ce qu’il en reste! – qui ne peut plus encaisser davantage de sacrifices mériterait d’être soulagé par une déclaration de cessation de paiement de la part des autorités de son pays!

Une faillite grecque, qui emporterait à coup sà»r l’adhésion d’une société en profond malaise, présenterait en outre l’avantage de figer une spéculation qui saurait dès lors à quoi s’en tenir tout en interrompant la spirale de l’endettement. Quant aux créanciers que la faillite grecque mettrait en situation périlleuse avec des conséquences macroéconomiques globales, ils pourraient bénéficier d’un programme d’assistance Européen adéquat. Mais le Gouvernement grec aura-t-il le cran d’officialiser la banqueroute – pourtant établie – de son pays? Seul un électrochoc de ce type serait effectivement susceptible de mettre la Grèce sur les rails de la bonne gouvernance économique et financière tout en sortant de leur torpeur et de leur indécision les autorités Européennes car la structure actuelle de l’Union Européenne – tout géant économique qu’elle soit – est loin de conférer un quelconque avantage à ses membres en difficultés.

A cet égard, comment ne pas comparer les déboires grecs à la situation précaire des Etats-Unis au déficit budgétaire de plus de 10% de leur P.I.B. et dont l’endettement national (12’500 milliards de dollars) atteint pratiquement la richesse nationale (14’500 milliards de dollars)? Pour autant, la Grèce ne bénéficie pas d’un atout considérable à disposition des Etats-Unis, à savoir d’un endettement – libellé en une devise de réserve internationale – qu’ils ne se privent pas épisodiquement de réduire par une résurgence des pressions inflationnistes. Disposant ainsi de la maà®trise absolue sur le niveau de son Dollar, nul pays Européen ne peut se prévaloir d’un tel privilège exorbitant permettant aux Etats-Unis d’imprimer à loisir de la monnaie en quantités suffisantes pour rembourser ses dettes! Monnaie de référence incontestée aux mains des Banques Centrales et du commerce international, y compris dans le cadre de transactions n’impliquant pas les Etats-Unis, le billet vert est ainsi détenu en quantités industrielles par des nations forcées de recycler leurs excédents sur le marché obligataire Américain.

La Grèce, elle, qui ne dispose d’aucun moyen d’action de cette nature vis-à -vis de ses créanciers, se retrouve donc dans la situation d’un débiteur privé dont la seule alternative est … la faillite! Les conséquences à court terme d’une banqueroute grecque (et après elle d’autres nations Européennes périphériques) seraient certes une déstabilisation de l’Union mais il est vraisemblable que ce soit le prix à payer pour inculquer à certains pays le pli de la discipline fiscale tout en forçant les grands pays de l’Union à regarder dans la même direction.